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A retenir : Alfred Dreyfus fut interné 1517 jours sur l’île du Diable (avril 1895-juin 1899), un rocher de 1200 m sur 400 sans eau potable ni arbre, sous surveillance continue. L’île, aujourd’hui interdite au public, s’observe depuis l’île Royale, accessible en vedette depuis Kourou pour 30 à 50 euros.
Au large de Kourou, en Guyane française, trois îlots rocheux forment l’archipel des îles du Salut. Deux d’entre eux, Royale et Saint-Joseph, se visitent aujourd’hui sans difficulté. Le troisième, l’île du Diable, reste strictement interdit au public : les courants marins y sont dangereux et les bâtiments qui subsistent menacent ruine. On ne peut l’observer que depuis un belvédère de l’île Royale, à environ 300 mètres de distance.
C’est pourtant sur ce rocher de 1200 mètres sur 400, sans source d’eau potable ni le moindre arbre, que le capitaine Alfred Dreyfus a débarqué le 13 avril 1895, condamné à la dégradation militaire et à la déportation perpétuelle. Les archives de l’Administration pénitentiaire, les lettres échangées avec son épouse et le journal qu’il a tenu permettent de reconstituer, jour après jour, ce que fut cet isolement.
Sommaire
Un rocher sans eau ni arbre
L’île du Diable n’a jamais été pensée pour accueillir un détenu seul. Dreyfus est le premier et le seul déporté politique de l’époque à ne pas être envoyé en Nouvelle-Calédonie, destination habituelle de ce type de condamnation. Il est logé dans une cabane en pierres, sur le site d’une ancienne léproserie, au milieu d’un territoire minuscule et hostile où rien ne pousse et où aucune eau douce n’est disponible naturellement.
Cette configuration géographique — un îlot coupé de tout, visible depuis les îles voisines mais inaccessible sans embarcation — explique en partie pourquoi l’administration pénitentiaire a pu y organiser une surveillance d’une rigueur inhabituelle pour l’époque.
Sous surveillance permanente
Dès l’arrivée de Dreyfus, le règlement du bagne se durcit. Il se durcit encore davantage à partir de septembre 1896, après sa mise aux fers. Les surveillants se relaient toutes les deux heures, de jour comme de nuit, et sa case reste éclairée en permanence la nuit : l’objectif est de ne jamais le perdre de vue, à aucun moment.
Ce dispositif, documenté par les archives de l’Administration pénitentiaire, dessine un régime d’internement pensé moins comme une punition physique que comme un contrôle total et continu d’un homme seul sur un territoire de moins d’un demi-kilomètre de large.
Ce que racontent ses lettres et son journal
Deux sources écrites permettent d’entrer dans le quotidien de cette détention. Les lettres que Dreyfus adresse à son épouse Lucie sont publiées dès 1898 par Joseph Reinach sous le titre Lettres d’un innocent, alors même que l’affaire est encore en cours. Elles circulent donc avant que la vérité judiciaire ne soit établie.
Le second document, plus tardif, est son propre journal du bagne, publié en 1901 sous le titre Cinq années de ma vie. Il couvre la période du 15 octobre 1894 au 19 septembre 1899, englobant à la fois les mois qui précèdent le départ vers la Guyane et la totalité de l’internement sur l’île du Diable.
Le dossier resté aux archives coloniales
Les documents de l’Administration pénitentiaire relatifs à Dreyfus ont été classés comme documents confidentiels et historiques, puis versés aux Archives coloniales, aujourd’hui conservées par les Archives nationales d’outre-mer (ANOM). C’est dans ce fonds que se trouvent les traces administratives précises de la surveillance organisée sur l’île, même si l’ensemble du dossier n’a pas fait l’objet d’un inventaire détaillé accessible en ligne.
Le 9 juin 1899, après 1517 jours d’internement, Dreyfus quitte l’île du Diable pour être transféré en métropole en vue de la révision de son procès. Cette date marque la fin d’un épisode que les archives coloniales et ses propres écrits permettent aujourd’hui de reconstituer presque au jour le jour.
Ce qu'on peut voir aujourd'hui
L’île du Diable elle-même reste hors d’atteinte : l’accès y est interdit en raison des courants marins et de l’état des bâtiments. Les visiteurs qui se rendent en Guyane peuvent en revanche rejoindre les îles Royale et Saint-Joseph, les deux autres îles du Salut, accessibles en vedette depuis Kourou pour un billet aller-retour compris entre 30 et 50 euros par adulte.
Depuis l’île Royale, un belvédère offre une vue directe sur l’île du Diable, à environ 300 mètres de distance — la manière la plus proche, aujourd’hui, de se figurer l’isolement du capitaine Dreyfus sur ce rocher sans eau ni arbre.
Questions frequentes
Peut-on visiter l'île du Diable aujourd'hui ?
Non, l’accès est strictement interdit en raison des courants marins dangereux et du mauvais état des bâtiments. On peut seulement l’observer depuis un belvédère de l’île Royale, à environ 300 mètres.
Combien de temps Dreyfus est-il resté sur l'île du Diable ?
1517 jours, du 13 avril 1895 au 9 juin 1899, date de son transfert vers la métropole pour la révision de son procès.
Comment rejoindre les îles du Salut depuis la Guyane ?
En vedette depuis Kourou, avec un billet aller-retour entre 30 et 50 euros par adulte, vers les îles Royale et Saint-Joseph, seules ouvertes au public.
Sources
- Outre-mer la 1ère – Archives d'Outre-mer, Guyane : Alfred Dreyfus au bagne (2018)
- INA – Dans quelles conditions le capitaine Dreyfus a été interné 1517 jours (17.03.2025)
- Persée – La Détention du capitaine Dreyfus à l'île du Diable d'après les archives de l'Administration pénitentiaire (1977)
- Cairn – Alfred Dreyfus, Cahiers de l'île du Diable (2009)
- Wikipédia – Île du Diable (2026)
- Criminocorpus – L'empreinte Alfred Dreyfus
- Air Vacances – Îles du Salut Guyane : visite, tarifs et hébergement (2026)
- Promaritime Guyane – Découvrez les îles du Salut

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