Alfred Dreyfus a passé 1 517 jours sur l’île du Diable, en Guyane française, du 14 avril 1895 au 9 juin 1899. Seul détenu d’un rocher de 1 200 mètres sur 400, sans source ni ombre, il y vit sous la surveillance permanente de gardiens qui ont interdiction de lui parler. L’île est aujourd’hui fermée au débarquement : on l’observe depuis l’île Royale, à environ 1 heure de bateau de Kourou.
Où se trouve l’île du Diable ?
L’île du Diable est la plus petite et la plus septentrionale des trois îles du Salut, un archipel situé à environ 14 kilomètres au large de Kourou, en Guyane française. Ses deux voisines sont l’île Royale, la plus grande avec 28 hectares, et l’île Saint-Joseph, juste en face. Les trois îles appartiennent aujourd’hui au Centre spatial guyanais.
Le rocher mesure environ 1 200 mètres de long sur 400 mètres de large. Il n’a pas de source d’eau douce, et les courants qui l’entourent rendent l’accostage difficile. Dès 1866, l’administration du bagne l’utilise pour isoler les forçats atteints de la lèpre, loin des autres détenus.
Pourquoi Dreyfus a-t-il été envoyé sur l’île du Diable ?
Condamné le 22 décembre 1894 par un conseil de guerre pour une trahison qu’il n’avait pas commise, Alfred Dreyfus est frappé de dégradation militaire et de déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée. Les déportés politiques étaient jusque-là envoyés en Nouvelle-Calédonie ; le gouvernement choisit pour lui un lieu plus isolé et plus facile à garder, les îles du Salut.
Dégradé publiquement le 5 janvier 1895 dans la cour de l’École militaire, à Paris, il quitte l’île de Ré en février 1895. Arrivé aux îles du Salut en mars, il est d’abord détenu sur l’île Royale, le temps d’aménager sa case. Il est transféré sur l’île du Diable le 14 avril 1895. Il sera le seul prisonnier du rocher pendant toute sa détention.
Comment se déroulait la détention de Dreyfus ?
La détention de Dreyfus sur l’île du Diable repose sur un principe simple : ne jamais le perdre de vue et ne jamais lui parler. Il vit dans une case de pierre de quelques mètres de côté, gardée jour et nuit par des surveillants qui se relaient et ont interdiction d’échanger un mot avec lui. La nuit, une lampe reste allumée dans sa case.
Il peut d’abord circuler sur une petite partie de l’île, aux heures autorisées. Il fait lui-même sa cuisine et sa lessive, souffre de la chaleur, des fièvres et des insectes. Son courrier est lu, recopié et parfois retenu par l’administration, qui lui transmet les lettres de sa femme avec retard, ou seulement sous forme de copies.
Le régime se durcit en septembre 1896. Une fausse nouvelle d’évasion, publiée dans la presse britannique, provoque une réaction immédiate du ministère des Colonies : Dreyfus est mis aux fers la nuit, les deux chevilles prises dans la « double boucle », pendant plusieurs semaines. Une palissade est ensuite élevée autour de sa case, qui le prive de la vue sur la mer. L’article de 1977 publié par la Revue française d’histoire d’outre-mer, Persée - La Détention du capitaine Dreyfus à l'île du Diable d'après les archives de l'Administration pénitentiaire, détaille ces mesures à partir des registres du bagne.
L’historiographie s’accorde sur le chiffre : l’institut national de l’audiovisuel rappelle dans son dossier INA - Dans quelles conditions le capitaine Dreyfus a été interné 1517 jours que l’enfermement a duré du printemps 1895 à juin 1899. Le site d’histoire de la justice Criminocorpus, dans son exposition Criminocorpus - L'empreinte Alfred Dreyfus, montre de son côté les objets et documents liés à ce « déporté matricule 1 ».
Ce que racontent ses lettres et son journal
Les écrits de Dreyfus sont la principale source sur sa vie quotidienne à l’île du Diable. Il en existe deux ensembles : les lettres échangées avec son épouse Lucie, et le journal qu’il tient pour elle, auxquels s’ajoutent les cahiers où il recopie ses réflexions et ses exercices de mathématiques.
Les lettres à Lucie sont publiées dès 1898, sous le titre Lettres d’un innocent, alors que l’affaire est encore en plein débat et que leur auteur est toujours au bagne. Le journal paraît en 1901 dans Cinq années de ma vie, qui couvre la période du 15 octobre 1894, jour de son arrestation, au 19 septembre 1899, jour de sa grâce. Les Cahiers de l’île du Diable ont fait l’objet d’une édition plus récente, présentée dans l’article Cairn - Alfred Dreyfus, Cahiers de l'île du Diable.
Ces textes montrent un homme qui ne sait presque rien de l’affaire qui agite la France : ni le « J’accuse… ! » d’Émile Zola en janvier 1898, ni l’engagement de son frère Mathieu. Les archives de la télévision publique rassemblées par Outre-mer la 1ère - Archives d'Outre-mer, Guyane : Alfred Dreyfus au bagne complètent ce tableau, avec des reportages tournés sur les lieux.
Le 9 juin 1899 : le départ de l’île du Diable
Dreyfus quitte l’île du Diable le 9 juin 1899, au 1 517e jour de sa détention, après que la Cour de cassation a annulé le jugement de 1894 et ordonné un nouveau procès. Il embarque sur le croiseur Sfax, qui le ramène en France pour être jugé une seconde fois à Rennes.
Le conseil de guerre de Rennes le condamne de nouveau, le 9 septembre 1899, avec « circonstances atténuantes », à dix ans de détention. Gracié par le président Émile Loubet dix jours plus tard, il n’est réhabilité qu’en juillet 1906 par la Cour de cassation et réintégré dans l’armée. Les documents de l’Administration pénitentiaire le concernant ont été versés aux Archives coloniales, aujourd’hui conservées aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence.
Peut-on visiter l’île du Diable aujourd’hui ?
Non : le débarquement sur l’île du Diable est interdit en 2026, en raison des courants dangereux qui la séparent de ses voisines et de l’état des constructions. Les bateaux au départ de Kourou déposent les visiteurs sur l’île Royale, d’où un sentier mène à un point de vue sur l’île du Diable et sur la case de Dreyfus, classée monument historique et restaurée avec l’aide du CNES.
La traversée depuis le port de plaisance de Kourou dure environ 1 heure. Les départs sont quotidiens, le matin, avec un retour en fin d’après-midi, sauf mauvaise météo ou tir de fusée depuis le Centre spatial guyanais. L’opérateur décrit sur sa page Promaritime Guyane - Découvrez les îles du Salut la desserte de l’île Royale, seule île où débarque son catamaran ; l’île Saint-Joseph, qui abrite les ruines de la réclusion, n’est accessible qu’avec certains prestataires. Les tarifs, l’hébergement à l’auberge de l’île Royale et les formules à la journée sont résumés par le guide Air Vacances - Îles du Salut Guyane : visite, tarifs et hébergement.
| Île | Accès en 2026 | Ce qu’on y voit |
|---|---|---|
| Île Royale | Bateaux quotidiens depuis Kourou (environ 1 h) | Bâtiments du bagne, chapelle, piscine des bagnards, point de vue sur l’île du Diable |
| Île Saint-Joseph | Selon les opérateurs, depuis l’île Royale | Cellules de la réclusion, cimetière des surveillants |
| Île du Diable | Débarquement interdit | Vue depuis l’île Royale sur la case de Dreyfus |
La meilleure période pour la visite est la saison sèche, de juillet à novembre. Prévoyez de l’eau, une protection solaire et un maillot : la piscine des bagnards, sur l’île Royale, permet de se baigner à l’abri des courants. Pour l’histoire générale de l’île et de ses usages successifs, la notice Wikipédia - Île du Diable sert de point de départ.
Préparer une visite des îles du Salut
Les îles du Salut se visitent en général à la journée depuis Kourou, à environ 1 heure de route de Cayenne. Réservez la traversée quelques jours à l’avance en haute saison et vérifiez la veille qu’aucun lancement n’est programmé. Pour organiser le reste du séjour, voyez notre guide pour profiter au maximum de votre séjour en Guyane et notre page Guyane.
Si les îles chargées d’histoire vous intéressent, lisez aussi notre récit sur l’île de Sein en juin 1940, ou celui du radeau de la Méduse, autre épisode maritime au large des côtes africaines.
Questions fréquentes
Combien de temps Dreyfus est-il resté sur l’île du Diable ?
Alfred Dreyfus y est resté 1 517 jours, du 14 avril 1895 au 9 juin 1899. Il a ensuite été ramené en France sur le croiseur Sfax pour être rejugé à Rennes.
Peut-on aller sur l’île du Diable ?
Non. Le débarquement est interdit à cause des courants et de l’état des bâtiments. On voit l’île et la case de Dreyfus depuis l’île Royale, accessible en bateau depuis Kourou.
Combien coûte la visite des îles du Salut ?
Il faut compter environ 50 € par personne pour la traversée en bateau depuis Kourou (ordre de prix 2026), hors guide, repas ou nuit à l’auberge de l’île Royale.
Pourquoi l’île s’appelle-t-elle île du Diable ?
Le nom viendrait des courants violents et des difficultés d’accostage autour du rocher. Avec l’île Royale et l’île Saint-Joseph, elle forme les îles du Salut, au large de Kourou.
Où lire le journal de Dreyfus à l’île du Diable ?
Son journal du bagne a été publié en 1901 dans Cinq années de ma vie. Ses lettres à Lucie ont paru dès 1898 sous le titre Lettres d’un innocent.
Sources et vérifications
Informations vérifiées en octobre 2026.




