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Métro 2 de Moscou : histoire, preuves et légendes du réseau secret

Métro 2 de Moscou : histoire, preuves et légendes du réseau secret

Archives : ces articles décrivent la Russie telle que nous l’avons découverte avant 2022. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille aujourd’hui formellement tout déplacement dans le pays. Conseils aux voyageurs.

Récit publié en 2019, conservé en archive. Il ne reflète pas la situation actuelle : les voyages en Russie sont formellement déconseillés par le ministère des Affaires étrangères.

Le Métro-2 de Moscou est un réseau ferroviaire souterrain secret que l’on dit construit à partir de l’époque de Staline, en parallèle du métro public, pour évacuer les dirigeants soviétiques en cas de guerre. Les autorités russes ne l’ont jamais officiellement reconnu, mais un rapport américain de 1991, des témoignages d’anciens responsables et des explorateurs urbains en attestent au moins une partie. Le métro public, lui, transporte chaque jour plusieurs millions de passagers sous ses célèbres stations.

Entre mythe et réalité, nous avons voulu en savoir un peu plus et démêler ce qui est documenté de ce qui relève de la légende.

Qu’est-ce que le Métro-2 de Moscou ?

Le Métro-2, désigné sous le nom de code Д6 (D6), serait un réseau de tunnels profonds reliant le Kremlin à des sites stratégiques de la capitale et de sa banlieue. Son origine est attribuée à l’époque de Staline, qui redoutait les attentats : il se déplaçait, dit-on, avec plusieurs voitures partant dans des directions différentes, certaines servant de leurre.

Un réseau souterrain réservé aux dirigeants aurait été la solution la plus radicale à cette obsession sécuritaire. Sa construction est souvent attribuée au KGB ; selon les sources disponibles, il serait aujourd’hui exploité par la Direction principale des programmes spéciaux du président (GUSP) et le ministère de la Défense, ce qui n’a jamais été confirmé officiellement.

Tunnel ferroviaire souterrain attribué à la ligne D6 du Métro-2 de Moscou
Intérieur d’une galerie souterraine attribuée au Métro-2 de Moscou

Combien de lignes et où mènerait le Métro-2 ?

Selon la version la plus répandue, le Métro-2 compterait 4 lignes situées entre 50 et 200 mètres de profondeur, à usage exclusivement militaire et gouvernemental, avec le Kremlin pour centre. Les recherches historiques ne documentent toutefois de façon solide qu’une seule ligne à la fin des années 1960, du Kremlin au sud de l’université d’État de Moscou ; les autres tracés pourraient être des extrapolations d’amateurs.

Il est donc difficile d’obtenir des informations fiables. Certains affirment que le réseau serait plus long que le métro public. Le schéma ci-dessous, largement diffusé, représente ces 4 lignes supposées :

Plan supposé des quatre lignes du Métro-2 de Moscou superposé à la carte de la ville

Le réseau relierait le Kremlin au ministère de la Défense, au siège du FSB (successeur du KGB) et à d’autres installations stratégiques : l’aéroport de Vnoukovo, la ville militaire de Krasnoznamensk et l’université d’État de Moscou, sur la colline des Moineaux, où se trouverait une entrée.

Le Métro-2 serait aussi accessible depuis au moins deux stations du métro public, Frunzenskaïa (ligne 1) et Arbatskaïa (ligne 3). Le tracé supposé de la ligne D6 se présenterait ainsi :

Schéma du tracé supposé de la ligne D6 du Métro-2 entre le Kremlin et le sud-ouest de Moscou

Les autorités russes n’ont jamais confirmé l’existence de ce souterrain. Plusieurs indices concordants plaident pourtant en faveur d’un réseau parallèle.

Quelles preuves de l’existence du Métro-2 ?

Aucune signalisation ne trahit le Métro-2 dans les stations publiques, et la plupart des visiteurs n’en soupçonnent pas l’existence. Quatre sources principales permettent pourtant d’affirmer qu’au moins une partie du réseau existe : un rapport du Pentagone de 1991, un roman documenté de 1992, les déclarations d’un ancien conseiller du Kremlin en 2004 et 2008, et les explorations de « diggers » moscovites à partir de 1994.

1991 : un rapport du département de la Défense américain

Le Métro-2 commence à faire surface en 1991, quand le département de la Défense des États-Unis publie le rapport Military Forces in Transition. Plusieurs pages, avec un schéma superposé au plan de Moscou, y décrivent un réseau souterrain secret réservé aux dirigeants.

Selon ce rapport, les Soviétiques avaient aménagé ces galeries interconnectées pour offrir aux dirigeants un moyen d’évacuation rapide et sûr. Les profondeurs estimées vont de 200 à 300 mètres.

Quai souterrain dépouillé attribué à la ligne D6 du Métro-2 de Moscou

Le réseau serait interconnecté dans Moscou et au-delà. D’importants postes de commandement souterrains, dont l’un au Kremlin, seraient reliés entre eux, ainsi qu’un vaste bunker adjacent à l’université d’État de Moscou, destiné à servir de poste de commandement en temps de guerre. L’ensemble pourrait accueillir environ 10 000 personnes.

Extrait de ce rapport de 1991 :

Il existe de très importants postes souterrains dans la région de Moscou, dont l’un au Kremlin. La presse soviétique a fait état d’un énorme bunker souterrain destiné aux dirigeants, adjacent à l’université d’État de Moscou. Ces installations sont destinées aux autorités de commandement nationales en temps de guerre. Leur profondeur est estimée entre 200 m (660 pieds) et 300 m (980 pieds) et elles peuvent accueillir environ 10 000 personnes. Une ligne de métro spéciale relie certains points de Moscou et peut-être le terminal VIP de l’aérodrome de Vnoukovo (…)

1992 : le roman de Vladimir Gonik

On pourrait soupçonner un coup de communication américain au moment où l’URSS se disloque. Mais en 1992, l’écrivain et scénariste Vladimir Gonik publie Preispodniaïa (« Les Enfers »), un roman paru en feuilleton dans la revue russe Iounost, qui décrit des bunkers secrets reliés par un chemin de fer souterrain, le « Métro-2 ».

Gonik affirme s’appuyer sur des informations recueillies pendant une vingtaine d’années, notamment lorsqu’il exerçait comme médecin à la polyclinique du ministère de la Défense. Il reconnaît toutefois avoir volontairement modifié certains détails sensibles : son récit reste une fiction documentée.

Tunnel circulaire en voussoirs attribué au Métro-2 de Moscou
Machinerie et équipements techniques dans un souterrain de Moscou

Selon Gonik, ce réseau démesuré devait abriter les membres de la direction du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS). En cas de guerre, chaque membre du Comité central y avait sa place, avec sa famille, dans un appartement souterrain d’environ 180 mètres carrés avec salle de bains, cuisine et bureau.

Autrement dit, d’après lui, le Métro-2 est bien plus qu’un chemin de fer souterrain : une ville sous la ville.

2004 et 2008 : les déclarations de Vladimir Chevtchenko

Le sujet retombe ensuite dans l’oubli, jusqu’en 2004. Vladimir Chevtchenko, ancien chef du protocole et conseiller de Mikhaïl Gorbatchev puis de Boris Eltsine, connaît bien le Kremlin. Dans une interview, il confirme l’existence d’un secret dans le métro de Moscou, tout en le relativisant :

Les rapports sur le nombre de communications souterraines sont grandement exagérés. À l’époque de Staline, qui avait très peur des tentatives d’assassinat, il existait en effet une ligne de chemin de fer à une voie qui partait du Kremlin vers sa « datcha proche » à Volynskoïe. Aujourd’hui, ni la datcha ni la ligne de métro ne sont utilisées. En 1991, un transport pneumatique a également été construit pour relier le bâtiment du Comité central du PCUS, situé sur l’ancienne place de Moscou, au Kremlin.

En 2008, il apporte de nouvelles précisions :

Actuellement, le métro du Kremlin ne peut pas être qualifié d’artère de transport et, autant que je sache, des réparations importantes seront nécessaires pour qu’il continue à fonctionner. Entre autres choses, il existe de nombreuses pièces de service qui tomberont tôt ou tard dans le domaine public.

Comment fonctionnerait le Métro-2 de Moscou ?

On sait peu de choses sur le fonctionnement et le tracé exact du réseau, mais une jonction avec le métro public est généralement située sur la ligne 1, au sud-ouest de la station Sportivnaïa, au-delà de la Moskova, d’où partirait l’embranchement profond vers l’université d’État de Moscou.

Certaines sources non officielles affirment qu’un dernier segment aurait été achevé en 1997, ce qui laisserait penser que le réseau est resté opérationnel. Cette date n’est pas confirmée et contraste avec les propos de Chevtchenko sur l’état du « métro du Kremlin ».

Puisque les deux réseaux seraient raccordés, ils partageraient l’écartement des voies du réseau russe, 1 520 mm. La différence tiendrait à la pose : dans le Métro-2, les rails seraient noyés dans le béton.

Croisement de voies noyées dans le béton dans un tunnel attribué au Métro-2

Cette pose permettrait aussi à des véhicules routiers de circuler dans les tunnels. Autre différence : l’absence de troisième rail pour l’alimentation électrique, ce qui faciliterait la circulation automobile, notamment au niveau des aiguillages.

Sans rail de contact, le matériel roulant ne peut pas être celui du métro public. Deux types d’engins sont évoqués :

  • des locomotives électriques à accumulateurs, qui rouleraient jusqu’à 90 km/h sur les sections équipées d’une alimentation et à 15 km/h environ sur batterie ;
  • des engins Diesel, indépendants de toute alimentation électrique, qui rouleraient à environ 60 km/h.
Rames de service garées dans un tunnel attribué à la ligne D6
Poste de conduite d’une rame de service du Métro-2 de Moscou

Les explorateurs urbains ont-ils vu le Métro-2 ?

En 1994, le groupe d’exploration urbaine Diggers of the Underground Planet, mené par Vadim Mikhaïlov, affirme avoir découvert l’une des entrées du Métro-2. C’est la confirmation la plus directe, bien que non officielle, de l’existence de ce réseau souterrain, illustrée par des photos de galeries, de portes blindées et de véhicules de service.

Oubliez le faste des stations du métro de Moscou : les images ci-dessous montrent des tunnels bruts, des quais nus et des installations techniques. Leur origine exacte est difficile à établir, mais elles donnent une idée de ce que pourrait être le Métro-2.

Tunnel souterrain présenté comme une section du Métro-2 de Moscou
Porte métallique dans une galerie attribuée au Métro-2 de Moscou
Porte blindée étanche dans un souterrain attribué au Métro-2
Panneau de signalisation cyrillique dans une galerie souterraine à Moscou
Voie ferrée dans un tunnel attribué à la ligne D6 à Moscou
Quai souterrain sobre attribué au Métro-2 de Moscou
Câbles électriques le long de la paroi d’un tunnel moscovite
Porte blindée massive à l’entrée d’une galerie souterraine
Couloir de service bétonné dans un souterrain de Moscou
Draisine de service sur une voie souterraine à Moscou
Poste d’aiguillage dans un tunnel attribué au Métro-2
Grand ventilateur d’aération dans une installation souterraine
Rame de service stationnée dans un tunnel attribué au Métro-2
Poste de conduite d’un véhicule ferroviaire souterrain
Intérieur d’une galerie technique attribuée au Métro-2
Installations techniques dans un abri souterrain de Moscou
Inscriptions et panneau dans une galerie souterraine soviétique
Escalier menant à un niveau souterrain profond à Moscou
Long corridor éclairé dans un souterrain attribué au Métro-2
Quais d’une station souterraine non publique à Moscou
Véhicule sur rails dans un tunnel attribué à la ligne D6
Schéma des accès supposés à la ligne D6 du Métro-2 de Moscou

Ce que l’on peut retenir

Au-delà des légendes, trois points semblent établis : une ligne souterraine reliant le Kremlin au sud-ouest de Moscou a existé dès l’époque soviétique, de grands abris pour les dirigeants ont été construits, et l’État russe n’en a jamais publié de description officielle. Le nombre de lignes, leur longueur et leur état actuel restent invérifiables.

Pour découvrir un abri antiatomique soviétique ouvert au public à l’époque de notre visite, lisez notre article sur le Bunker 42 à Moscou. Nos autres récits sont rassemblés sur notre page Russie.

Questions fréquentes

Le métro 2 de Moscou existe-t-il vraiment ?

Les autorités russes ne l’ont jamais reconnu officiellement. Un rapport du département de la Défense américain de 1991 et les déclarations de Vladimir Chevtchenko, ancien conseiller de Gorbatchev, confirment toutefois l’existence d’au moins une ligne secrète reliant le Kremlin au sud-ouest de Moscou.

Quelle est la profondeur du métro 2 de Moscou ?

Les estimations varient : 50 à 200 mètres selon la version la plus répandue, 200 à 300 mètres selon le rapport américain de 1991. Aucune donnée officielle ne permet de trancher.

Peut-on visiter le métro 2 de Moscou ?

Non. Le réseau, s’il est toujours en service, relève des services de l’État et n’est pas accessible au public. Seuls des abris désaffectés, comme le Bunker 42, ont été ouverts à la visite.

Sources et vérifications

Informations vérifiées en octobre 2026.

Nicolas

Fondateur de Votre Carnet de Voyage, voyage et écrit depuis 2017. Notre charte éditoriale

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