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Aérotrain : la voie du record de 430 km/h dort dans le Loiret

Aérotrain : la voie du record de 430 km/h dort dans le Loiret

La voie d’essai de l’Aérotrain est un rail de béton surélevé de 18 km qui traverse encore les champs et la forêt au nord d’Orléans, dans le Loiret, entre Saran et Ruan. Le 5 mars 1974, le prototype I80-HV de l’ingénieur Jean Bertin y a atteint 430,4 km/h, un record mondial pour un véhicule guidé. L’État a abandonné le projet le 17 juillet 1974 au profit du TGV, mais l’ouvrage tient toujours debout en 2026, faute d’une démolition jugée trop coûteuse.

Où se trouve la voie de l’Aérotrain ?

La voie de l’Aérotrain se trouve dans le Loiret, en région Centre-Val de Loire, juste au nord d’Orléans. Elle part de Saran, traverse la forêt d’Orléans puis la plaine de Beauce et s’arrête à Ruan, en longeant les communes de Cercottes, Chevilly et Artenay. On la repère facilement depuis la route nationale et les routes départementales qui suivent cet axe, sans signalétique touristique particulière.

Le tracé compte trois plateformes techniques, à Saran, Chevilly et Ruan. Depuis Orléans, les premiers piliers se trouvent à une quinzaine de minutes de voiture. La structure se regarde depuis l’espace public : il est déconseillé de se placer juste en dessous, car le béton dégradé peut laisser tomber des fragments.

Un ouvrage de 18 km posé sur 900 piliers

La piste d’essai est un monorail en forme de T inversé, porté par environ 900 piliers en béton espacés d’une vingtaine de mètres, à une hauteur de 5 à 10 m. Le ministre des Transports en confie la construction à la Société de l’Aérotrain le 18 décembre 1967 ; le chantier, mené par les Grands travaux de Marseille, coûte 24 586 790 francs hors taxes et la voie entre en service en septembre 1969.

Le principe imaginé par Jean Bertin est simple à énoncer : le véhicule glisse sur un coussin d’air, sans contact avec le rail, ce qui supprime le frottement des roues. Le tablier se compose de poutres préfabriquées de 20 m, assemblées en travées de 120 m. Comme le rappelle la fiche Wikipédia - Voie d'essai de l'aérotrain d'Orléans, la ligne devait servir de banc d’essai à grande échelle avant une exploitation commerciale. Le site Lieux Insolites - La piste d'essai de l'Aérotrain en propose un repérage photographique le long du tracé.

ÉlémentDonnéeDate
Commande de la pisteMinistre des Transports, Société de l’Aérotrain18 décembre 1967
Mise en serviceEnviron 18 km, Saran – RuanSeptembre 1969
Record mondial430,4 km/h (moyenne 417,6 km/h)5 mars 1974
Abandon du projetDécision gouvernementale17 juillet 1974
Destruction du prototype I80Incendie criminel à Chevilly22 mars 1992
Label « Patrimoine du XXe siècle »Ministère de la Culture2015

Le 5 mars 1974, 430,4 km/h dans le Loiret

Le 5 mars 1974, le prototype I80-HV, poussé par un turboréacteur Pratt & Whitney, établit sur cette voie le record mondial de vitesse d’un transport guidé avec 430,4 km/h. La vitesse moyenne retenue est de 417,6 km/h, mesurée sur 3 km parcourus dans les deux sens. Le TGV ne dépassera ce niveau qu’à la fin des années 1980, comme le souligne l’article du Journal du Geek - En 1974, la France faisait rouler un train à 430 km/h.

Ce n’était pas un exploit isolé. Au cours de sa carrière, le prototype a parcouru 9 106 km et transporté 2 900 passagers, à des vitesses courantes de 350 à 400 km/h. Le dossier Multicollection - 5 mars 1974 record de vitesse pour l'Aérotrain revient sur cette journée et sur la place de l’Aérotrain comme précurseur de la grande vitesse française.

Pourquoi l’Aérotrain a-t-il été abandonné ?

L’Aérotrain a été abandonné le 17 juillet 1974 parce que le gouvernement a choisi de concentrer ses moyens sur le TGV, roue-rail et compatible avec le réseau existant, dans un contexte budgétaire tendu par le premier choc pétrolier. La décision tombe moins d’un mois après la signature, le 21 juin 1974, d’un contrat pour une ligne Cergy – La Défense, première commande commerciale de la technologie Bertin.

Les performances techniques n’étaient pas en cause. Le coût d’une infrastructure entièrement nouvelle, incompatible avec les gares et les voies ferrées existantes, pesait en revanche lourd face au TGV, capable d’entrer dans le centre des villes sur des lignes classiques. L’article Sciencepost - En 1974, ce train français filait à plus de 430 km/h détaille ce revirement.

Des vols de démonstration jusqu’à l’incendie de 1992

Après l’abandon, l’Association des Amis de Jean Bertin finance des démonstrations sur la voie jusqu’en 1977, dans l’espoir d’attirer des investisseurs. Aucun ne se manifeste. Jean Bertin meurt en 1975. Le prototype I80 reste ensuite remisé dans un hangar à Chevilly, où un incendie d’origine criminelle le détruit totalement le 22 mars 1992. Il ne reste aujourd’hui aucun véhicule ayant roulé à plus de 400 km/h sur cette piste.

Pourquoi la voie n’a-t-elle pas été démolie ?

La voie n’a pas été démolie parce que l’opération coûterait au moins 13 millions d’euros, selon un rapport remis à l’État en mars 2017, alors que la structure ne présente pas de danger immédiat. Le rapport juge le monorail stable pour plusieurs décennies, mais relève des appuis usés, des éclats de béton et des armatures apparentes, avec un risque de chute de fragments.

La structure a déjà perdu quelques morceaux. En 2007, un tronçon de 120 m est démoli pour laisser passer l’autoroute A19. En juillet 2015, un engin agricole heurte un pilier à Chevilly et impose la dépose d’une poutre. La même année, les vestiges reçoivent le label « Patrimoine du XXe siècle », qui reconnaît leur intérêt sans les protéger comme un monument historique. Le rapport de 2017 recommande de conserver l’ouvrage, de le sécuriser et d’imaginer des usages locaux : parcours de découverte, projets culturels ou pédagogiques. L’enquête Sciencepost - Au-dessus des champs du Loiret dort depuis cinquante ans un rail fait le point sur cette situation en 2026.

Comment voir la voie de l’Aérotrain aujourd’hui ?

On voit la voie de l’Aérotrain depuis les routes de Saran, Cercottes, Chevilly, Artenay et Ruan, en voiture ou à vélo, sans réservation ni droit d’entrée. Il n’existe pas de visite officielle : le monorail appartient au domaine public de l’État et les plateformes ne sont pas aménagées pour le public.

  • Restez sur les voies publiques et respectez les champs cultivés qui bordent le tracé.
  • Évitez de stationner ou de marcher sous la poutre, en raison du risque de chute de béton.
  • Les plus belles vues se trouvent en Beauce, où la ligne se détache sur la plaine, autour de Chevilly et d’Artenay.
  • Les conférences sur l’Aérotrain organisées dans le Loiret sont annoncées dans les agendas culturels locaux.

Si les grands ouvrages techniques vous intéressent, voyez aussi notre article sur la base sous-marine de Saint-Nazaire et ses 480 000 m³ de béton, celui sur le démantèlement de la centrale de Brennilis, ou encore l’histoire du canal du Midi, creusé à la main entre 1667 et 1681. D’autres idées de visites en France figurent sur notre page France.

Questions fréquentes

Où voir la voie de l’Aérotrain près d’Orléans ?

La voie se voit depuis les routes entre Saran et Ruan, au nord d’Orléans, en passant par Cercottes, Chevilly et Artenay. Elle est visible librement, mais aucune visite officielle n’existe et il vaut mieux ne pas rester sous la poutre.

Quelle vitesse l’Aérotrain a-t-il atteint ?

Le prototype I80-HV a atteint 430,4 km/h le 5 mars 1974 sur la voie du Loiret, avec une moyenne de 417,6 km/h sur 3 km dans les deux sens. C’était alors le record mondial d’un véhicule guidé.

Pourquoi le projet Aérotrain a-t-il été arrêté ?

Le gouvernement l’a abandonné le 17 juillet 1974 pour concentrer ses moyens sur le TGV, compatible avec le réseau ferré existant, dans le contexte du premier choc pétrolier.

Combien coûterait la démolition de la voie ?

Un rapport remis à l’État en mars 2017 a chiffré la démolition à au moins 13 millions d’euros, sans compter les contraintes liées à un oléoduc enterré le long du tracé. Il recommandait plutôt de conserver et sécuriser l’ouvrage.

Reste-t-il un Aérotrain à voir ?

Non pour le prototype I80 du Loiret : il a été détruit par un incendie criminel dans son hangar de Chevilly le 22 mars 1992.

Sources et vérifications

Informations vérifiées en octobre 2026.

Nicolas

Fondateur de Votre Carnet de Voyage, voyage et écrit depuis 2017. Notre charte éditoriale

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