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Le Bugaled Breizh coulé en 37 secondes au large du cap Lizard

Temps de lecture estimé : 4 minute(s)

A retenir : Le 15 janvier 2004, le chalutier Bugaled Breizh, parti de Loctudy, coule en 37 secondes au large du cap Lizard et tue ses cinq marins. Après onze ans d’enquête et l’hypothèse d’un sous-marin jamais confirmée, la justice française a validé un non-lieu en 2016, dossier rouvert par une série Arte en 2025.

Loctudy, petit port de pêche du Finistère sud, à une trentaine de kilomètres de Quimper par la route, vit depuis des générations du large. C’est de là qu’est parti, en ce mois de janvier 2004, un chalutier de 24 mètres nommé Bugaled Breizh. Il ne reviendrait jamais.

Le 15 janvier 2004, vers 12h25, au large du cap Lizard, à l’extrémité sud de l’Angleterre, le navire a été entraîné par le fond en 37 secondes — un temps jugé anormalement court pour un bateau de cette taille. Cinq hommes sont morts ce jour-là : Yves Gloaguen, Georges Lemétayer, Pascal Le Floch, Patrick Gloaguen et Éric Guillamet. Vingt ans plus tard, le dossier judiciaire est officiellement clos, mais l’affaire continue de circuler, relancée en 2025 par une série télévisée qui a remis sur la table la question du secret-défense.

Trente-sept secondes au large du cap Lizard

Le cap Lizard marque la pointe la plus méridionale de l’Angleterre, une zone de pêche connue des équipages bretons qui descendent régulièrement travailler ces eaux. C’est là, à des centaines de kilomètres de Loctudy, que le Bugaled Breizh a sombré en quelques dizaines de secondes à peine, laissant peu de temps à un équipage de cinq hommes pour réagir.

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La brutalité de la bascule a immédiatement interrogé les enquêteurs. Un chalutier de 24 mètres ne part pas par le fond en 37 secondes dans des conditions ordinaires de chavirage ou d’accident de pêche. Cette rapidité est devenue, dès les premières semaines, le point de départ de toutes les hypothèses — et de toutes les suspicions.

L'hypothèse du sous-marin et l'enquête du BEAmer

Une information judiciaire a été ouverte peu après le drame, et la gendarmerie maritime de Brest a été saisie sur commission rogatoire pour tenter de reconstituer les circonstances exactes du naufrage.

L’hypothèse défendue par les familles des victimes est qu’un sous-marin militaire aurait accroché le chalut du bateau, l’entraînant à grande vitesse vers le fond. Cette piste n’est pas sortie de nulle part : des exercices de l’OTAN impliquant plusieurs pays se déroulaient précisément dans la zone ce jour-là. Fin novembre 2006, le Bureau d’enquêtes sur les événements de mer (BEAmer) a remis à la justice un rapport sur les causes du naufrage, document qui a nourri la procédure sans pour autant clore le débat.

Le non-lieu confirmé, deux fois

Il aura fallu onze années d’enquête pour que la justice française tranche. Le 11 mai 2015, la cour d’appel de Rennes confirme un non-lieu. Un an plus tard, le 21 juin 2016, la Cour de cassation valide définitivement cette décision, refermant le dossier judiciaire en France.

Pour la haute juridiction, ni l’hypothèse de l’accident de pêche ni celle de l’implication d’un sous-marin n’ont pu être établies par des éléments indiscutables. Autrement dit : aucune des deux explications n’a été ni prouvée, ni écartée avec certitude. C’est précisément ce entre-deux qui a empêché les familles de tourner la page.

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Après la France, Truro et Strasbourg

Face à cet échec devant les tribunaux français, les avocats des familles ont annoncé vouloir porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme, et suivre en parallèle une procédure engagée en Angleterre, au tribunal de Truro. Ces démarches ont été annoncées publiquement, mais aucun résultat définitif n’a, à ce jour, été rendu public dans les sources consultées pour ce récit — le dossier reste donc, sur ce volet, ouvert.

2025 : la série Arte et l'Assemblée nationale

Vingt et un ans après le naufrage, l’affaire est revenue dans l’actualité par un biais inattendu : une série en six épisodes diffusée sur Arte à partir du 3 avril 2025, intitulée ’37 secondes’, qui raconte le drame et relance le débat sur le secret-défense entourant les exercices militaires présents dans la zone ce jour-là.

Dans la foulée, en septembre 2025, une proposition de résolution a été déposée à l’Assemblée nationale pour attribuer à titre posthume la Légion d’honneur aux cinq marins disparus. Il s’agit d’une proposition déposée, dont le devenir parlementaire n’était pas tranché au moment de la rédaction de cet article.

Questions frequentes

Peut-on visiter le site du naufrage du Bugaled Breizh ?

Non. Le naufrage a eu lieu en mer, au large du cap Lizard, dans une zone qui n’est pas un lieu touristique accessible ; aucune visite du site n’est organisée.

Que peut-on voir aujourd'hui en lien avec cette histoire ?

Le port de Loctudy, dans le Finistère, reste le point de départ historique du chalutier et demeure un port de pêche actif, accessible par la route depuis Quimper.

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L'enquête judiciaire est-elle vraiment terminée ?

En France, oui : la Cour de cassation a validé le non-lieu le 21 juin 2016. Une procédure anglaise à Truro et une éventuelle saisine de la CEDH ont été annoncées par les avocats des familles, sans résultat confirmé à ce jour.

Sources

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