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Naours (Somme) : 3 km de galeries et 2810 graffitis de soldats

Temps de lecture estimé : 4 minute(s)

A retenir : Sous le village de Naours, dans la Somme, 3 km de galeries creusées dès le XVe siècle ont servi de refuge, puis de halte touristique pour des soldats alliés en 1914-1918 qui y ont laissé 2810 graffitis. Fermée en 2026 pour travaux de préservation.

Dans la Somme, sur le plateau picard, le village de Naours ne paie pas de mine en surface. C’est dessous que tout se joue : environ 3 km de galeries creusées dans la craie, réparties en 28 galeries et quelque 300 salles, à une profondeur moyenne de 33 mètres. Un monde souterrain né au XVe siècle, que les habitants appelaient les « muches », et qui a traversé six siècles d’histoire sans jamais cesser de servir.

Les parois portent encore les traces de ce passage des hommes. La plus ancienne inscription repérée remonte à 1340. Mais ce sont les graffitis bien plus tardifs, laissés par des soldats de la Première Guerre mondiale, qui ont permis de résoudre une énigme vieille de près d’un siècle sur l’usage réel de ces galeries.

Un refuge taillé dans la craie depuis le XVe siècle

Les carrières de Naours n’ont pas été creusées pour le tourisme ni pour la guerre, mais pour l’extraction de la craie. Très vite, leur profondeur et leur étendue en ont fait un abri naturel : lors des guerres et des invasions qui ont frappé la région au fil des siècles, les habitants s’y réfugiaient, avec leurs biens et parfois leur bétail. D’où le surnom de « muches », qui dit bien la fonction première du lieu : se cacher.

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La température y reste constante toute l’année, autour de 9 à 9,5°C, et les galeries, hautes de 1,60 à 2 mètres selon les endroits, obligent à se courber par endroits. Un détail qui rend aussi le site inadapté aux personnes à mobilité réduite, aujourd’hui comme hier.

2810 graffitis et un journal de guerre qui change tout

C’est l’archéologue Gilles Prilaux, de l’Inrap, qui a entrepris de recenser systématiquement les inscriptions laissées par les soldats de la Première Guerre mondiale sur les parois de Naours. Son décompte : environ 2810 graffitis, gravés en majorité par des soldats australiens, mais aussi américains, britanniques, néo-zélandais, canadiens, et quelques combattants indiens.

Longtemps, on a supposé que ces souterrains avaient pu servir d’hôpital de fortune pour les troupes au repos. C’est un document retrouvé a posteriori qui a permis de trancher : le journal de guerre du soldat australien W.J. Allsop, daté du 2 janvier 1917, atteste que les souterrains constituaient en réalité un lieu de visite, une sorte de curiosité touristique pour les soldats en repos loin du front. Les graffitis gravés dans la craie ne sont donc pas les traces d’un hôpital, mais celles d’une halte, d’un moment volé à la guerre.

D'un entrepôt britannique à une base allemande du Mur de l'Atlantique

La Seconde Guerre mondiale a donné aux galeries un tout autre usage, cette fois strictement militaire. Les troupes britanniques les occupent d’abord comme réserve de matériel. Puis, à partir de 1941, l’armée allemande s’en empare pour en faire un entrepôt de munitions. En 1943, le site change encore de statut : il devient une base défensive allemande, intégrée au dispositif du Mur de l’Atlantique.

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Rien dans les sources ne permet d’affirmer que ces années d’occupation allemande ont donné lieu à une fréquentation touristique comparable à celle documentée pour la Première Guerre mondiale : l’usage, cette fois, semble avoir été exclusivement logistique et défensif.

Visiter Naours aujourd'hui : un site fermé pour préservation

En temps normal, la visite de la cité souterraine se fait avec audioguide, au tarif de 11€ pour un adulte et 8€ pour un enfant de 5 à 16 ans. Mais pour la saison 2026, les souterrains sont fermés au public : un projet de travaux de préservation et de conservation est à l’étude, sans qu’une date de réouverture soit pour l’instant communiquée.

Reste que le site existe toujours, intact sous le village, avec ses 28 galeries, ses 300 salles et ses milliers d’inscriptions gravées par des mains de 1340 à 1918. De quoi justifier d’y revenir, une fois les travaux achevés, pour descendre à 33 mètres sous terre et lire, sur la craie, six siècles d’histoire de la Somme.

Questions frequentes

Peut-on visiter la cité souterraine de Naours en ce moment ?

Non. Pour la saison 2026, le site est fermé à la visite en raison d’un projet de travaux de préservation et de conservation, sans date de réouverture annoncée.

Combien de graffitis de soldats a-t-on recensés à Naours ?

L’archéologue Gilles Prilaux (Inrap) en a dénombré environ 2810, principalement laissés par des soldats australiens, mais aussi américains, britanniques, néo-zélandais, canadiens et quelques soldats indiens.

Quelle est la plus ancienne inscription retrouvée dans les galeries ?

Une inscription datée de 1340 a été repérée sur les parois, bien avant l’usage militaire documenté du site.

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À quelle profondeur se trouvent les galeries de Naours ?

Les galeries se trouvent à une profondeur moyenne de 33 mètres, avec une température constante d’environ 9 à 9,5°C.

Sources

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