Le blog des voyageurs par les voyageurs

Lac de Résia : un clocher de 1357 émerge des eaux depuis 1950

Temps de lecture estimé : 3 minute(s)

A retenir : En 1950, un barrage hydroélectrique a englouti le village de Graun/Curon et 163 maisons sur 523 hectares. Seul le clocher roman de 1357 émerge encore du lac, restauré en 2009, visible à pied quand la glace prend en hiver.

Dans le Tyrol du Sud, à la frontière autrichienne, le lac de Résia (Lago di Resia) s’étire entre les montagnes comme n’importe quelle retenue alpine. Depuis Paris, il faut compter environ 9h25 de route pour parcourir les 795 kilomètres qui séparent la capitale française de ce village de Curon Venosta. Rien, au premier regard, ne distingue ce plan d’eau des dizaines d’autres lacs de barrage qui ponctuent les Alpes italiennes.

Puis on aperçoit le clocher. Seul, planté au milieu de l’eau, sans église, sans maison autour, il donne au paysage une allure irréelle. Ce clocher roman, daté de 1357, est tout ce qui reste visible d’un village englouti en 1950 sous les eaux d’un barrage hydroélectrique. Sous la surface, 163 maisons et 523 hectares de vergers attendent toujours, immergés depuis plus de soixante-quinze ans.

Un barrage né sous le régime fasciste

Le projet remonte à 1937-1939, sous le régime fasciste italien. La concession pour exploiter la force hydraulique de la région est accordée en février 1943 à Montecatini, filiale de la SEAA. La construction du barrage débute en avril 1940, mais la guerre puis la résistance locale ralentissent considérablement les travaux. Il faudra attendre juillet 1950 pour que le chantier soit achevé.

Découvrez :  Poveglia : l'île de Venise interdite au public depuis des décennies

Le financement suit un parcours tout aussi mouvementé. En 1947, Montecatini reçoit 30 millions de francs suisses de la société Elektrowatt pour boucler le budget du barrage. L’argent circule, les ingénieurs avancent, mais sur place, les habitants de Graun et Curon comprennent que leur vallée va disparaître.

Deux villages sacrifiés, une résistance sans issue

Face à l’avancée du projet, les habitants tentent tout ce qui est en leur pouvoir. Ils sollicitent même le pape pour empêcher les travaux. La démarche échoue. Sur le terrain, la tension monte au point que la police doit intervenir pour protéger le personnel de Montecatini venu exécuter le chantier.

Le vieux village est reconstruit plus haut, hors d’atteinte de la future retenue. Mais rien ne peut sauver les 163 maisons et les 523 hectares de vergers qui, en juillet 1950, disparaissent sous les eaux du réservoir. Le 18 juillet 1950, quelques jours avant que le lac ne se forme, les cloches de l’église Sainte-Catherine sont retirées du clocher — un dernier geste avant l’engloutissement.

Le clocher qui a survécu

Pourquoi ce clocher roman de 1357 est-il resté visible alors que tout le reste a disparu ? La fiche ne le précise pas, mais le résultat, lui, est là depuis 1950 : une flèche de pierre qui perce la surface du lac, seul repère d’un village qui n’existe plus qu’en dessous.

Le temps et l’eau ont fini par abîmer la structure. Une restauration, achevée le 9 juillet 2009, a coûté environ 130 000 € et a permis de réparer les fissures et la toiture du clocher. Sans cette intervention, l’un des symboles les plus photographiés du Tyrol du Sud aurait pu ne pas tenir jusqu’à aujourd’hui.

Découvrez :  Ibiza 2026 : aucun hôtel naturiste recensé au registre officiel

Ce que l'on peut voir aujourd'hui

Le clocher de Curon Venosta n’est pas qu’une image de carte postale figée. En hiver, quand le lac gèle entièrement, il devient possible de marcher sur la glace jusqu’au pied de l’édifice — une expérience assez rare pour un monument immergé.

En 2021, un abaissement du niveau du lac a fait réapparaître des vestiges de l’ancien village, engloutis depuis juillet 1950. De quoi rappeler que sous la surface tranquille du Lago di Resia, ce ne sont pas seulement des pierres qui dorment, mais l’empreinte complète d’une vallée habitée jusqu’au milieu du XXe siècle.

Questions frequentes

Peut-on s'approcher du clocher ?

Oui, mais seulement en hiver lorsque le lac gèle : le clocher devient alors accessible à pied sur la glace.

Combien de temps de route depuis Paris ?

Environ 9h25 pour parcourir les 795 km (494 miles) qui séparent Paris du lac de Résia, à Curon Venosta.

Reste-t-il autre chose du village englouti ?

En 2021, un abaissement du niveau du lac a révélé des vestiges de l’ancien village, submergé depuis juillet 1950, en plus du clocher visible en permanence.

Sources

Notez-moi !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut