Bolivie · Carnets de route · Récit 2018

Potosí et les mines du Cerro Rico : notre visite de la ville de l’argent

Potosí et les mines du Cerro Rico : notre visite de la ville de l’argent

Potosí, en Bolivie, est la ville minière fondée en 1545 au pied du Cerro Rico, la montagne d’argent qui a financé l’Empire espagnol. Perchée à plus de 4 000 m d’altitude et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, elle se visite en 1 ou 2 jours : la Casa Nacional de Moneda, le centre colonial et, pour ceux qui l’acceptent, une descente dans les mines encore exploitées. Nous y sommes arrivés en septembre 2017 depuis Uyuni, en passant par la mine abandonnée de Pulacayo.

Après la visite du Salar d’Uyuni, le passage par Potosí s’impose. Loin de La Paz et des paysages du lac Titicaca, c’est un tout autre univers qui se dévoile : un plateau aride, quelques hameaux, et une ville dont toute l’histoire tient dans une montagne.

Sur la route de Potosí : la mine abandonnée de Pulacayo

Pulacayo est un ancien village minier de l’Altiplano, à une vingtaine de kilomètres d’Uyuni, sur la route de Potosí. Au XIXe siècle, sa mine d’argent comptait parmi les plus importantes de Bolivie ; il n’en reste aujourd’hui qu’un village presque vide, des bâtiments industriels et un cimetière de locomotives. C’était notre premier arrêt.

Nous sommes partis d’Uyuni en 4x4. Les routes sont tout à fait correctes, mais il faut compter environ 4 heures pour rejoindre Potosí. Une trentaine de minutes après avoir quitté Uyuni, nous faisons un arrêt quelque peu surprenant : nous sommes au milieu de la montagne, face à une guérite et à un engrenage peint en jaune. Seuls signes d’une présence humaine.

Guérite et engrenage peint en jaune à l’entrée du site minier de Pulacayo, près d’Uyuni

D’après notre guide, près de 20 000 personnes, travailleurs et familles, vivaient ici à la grande époque. Lors de notre passage, il ne restait que quelques centaines d’habitants.

Une ville abandonnée

Ce qui frappe à l’entrée du complexe, c’est la présence de gardes armés et cette impression d’abandon. Des locomotives et un pont tournant attendent de retourner à l’état de poussière.

Vieilles locomotives à vapeur rouillées sur les voies de Pulacayo, Bolivie
Carcasses de wagons et locomotives abandonnés dans le dépôt de Pulacayo
Pont tournant ferroviaire abandonné au milieu de l’Altiplano à Pulacayo

Selon la légende locale, l’une de ces locomotives aurait été attaquée par Butch Cassidy, qui a fini ses jours en Bolivie en 1908.

Locomotive ancienne exposée devant les bâtiments de la mine de Pulacayo

On se croirait presque dans un western ; il ne manque plus que l’apparition d’un cow-boy solitaire. Nous croisons quelques personnes, mais la majorité des habitations sont abandonnées.

Rue bordée de maisons ouvrières abandonnées à Pulacayo
Bâtiments en pisé et toits de tôle du village minier de Pulacayo
Anciennes installations industrielles de la mine d’argent de Pulacayo

Pour une poignée d’argent

Nous arrivons jusqu’à l’entrée de la mine, où quelques ouvriers travaillent encore. L’argent est toujours extrait, mais en très faible quantité. On nous interdit d’aller plus loin : notre guide Fernando doit appeler le directeur du site. Finalement, nous pouvons rester, même si nous n’avons pas vraiment l’impression d’être les bienvenus.

Entrée de la galerie de la mine de Pulacayo, en Bolivie
Wagonnets de minerai devant la mine de Pulacayo
Ouvriers et rails à l’entrée de la mine encore exploitée de Pulacayo

Notre guide demande si nous pouvons visiter le musée. Le directeur, visiblement occupé, se montre réticent ; nous n’insistons pas. Nous poursuivons la visite du site, avec ses anciennes installations, dont un cinéma au sein même du complexe, et ce qui est présenté comme la première locomotive à vapeur de Bolivie.

Ancien cinéma du complexe minier de Pulacayo
Première locomotive à vapeur de Bolivie conservée à Pulacayo

Nous quittons Pulacayo avec ce sentiment étrange d’avoir traversé une ville fantôme.

Entre Uyuni et Potosí, l’Altiplano sauvage

La route entre Pulacayo et Potosí traverse l’Altiplano bolivien pendant environ 3 heures, entre plateaux désertiques, hameaux de quelques maisons et troupeaux de lamas. Dans notre cas, l’arrêt à Pulacayo et ce transfert étaient inclus dans le prix de l’excursion payée la veille à Uyuni, ce qui nous a semblé honnête.

Le trajet est dépaysant et la route agréable. On a vraiment l’impression d’être sur une autre planète.

Route goudronnée traversant l’Altiplano désertique entre Uyuni et Potosí

Sur le trajet, des panneaux avertissent de la traversée de lamas.

Panneau routier signalant la traversée de lamas sur l’Altiplano bolivien

Et cela se vérifie assez facilement.

Troupeau de lamas au bord de la route entre Uyuni et Potosí
Lamas paissant sur l’Altiplano, Bolivie
Paysage de collines arides et de hameaux sur la route de Potosí

Plus étonnant, des nandous, ces grands oiseaux coureurs d’Amérique du Sud que l’on prend souvent pour des autruches, vivent à l’état sauvage dans le secteur.

Plaine de l’Altiplano où vivent des nandous sauvages, entre Uyuni et Potosí

Nous en avons aperçu un en roulant, sans avoir le temps de le photographier. Tout cela nous amène à Potosí.

Potosí et le Cerro Rico, l’argent en héritage

Le Cerro Rico, montagne d’argent de couleur ocre, dominant la ville de Potosí

Le Cerro Rico est la montagne qui domine Potosí, culminant aujourd’hui vers 4 750 m. La ville a été fondée en 1545, juste après la découverte de ses filons d’argent. Les Espagnols les ont exploités en imposant aux populations autochtones le travail forcé de la mita, et Potosí est devenue au début du XVIIe siècle l’une des villes les plus peuplées du monde.

On raconte qu’une telle quantité d’argent a été extraite du Cerro Rico qu’on aurait pu construire un pont entre Potosí et l’Espagne avec ce minerai, et un second avec les ossements des Indiens morts dans la mine. L’image est une légende, mais elle dit bien le coût humain de cette richesse.

L’argent se faisant rare, la montagne est aujourd’hui surtout exploitée pour le zinc, le plomb et l’étain, par des dizaines de coopératives. Des milliers de mineurs y travaillent encore. Les galeries ont tant fragilisé le sommet qu’il s’affaisse : c’est l’une des raisons de l’inscription de Potosí sur la liste du patrimoine mondial en péril en 2014.

Visiter une mine du Cerro Rico : nos conseils

L’attraction la plus connue est la descente dans les galeries du Cerro Rico. Mais un vrai business s’est monté autour de ces visites, et pas toujours dans l’intérêt des mineurs. On vous demandera de venir avec des « offrandes » (alcool, cigarettes, feuilles de coca) pour le Tío, l’esprit de la montagne. Ces cadeaux entretiennent surtout la consommation des mineurs.

Si vous souhaitez vraiment visiter l’une de ces mines, à l’atmosphère poussiéreuse et toxique, passez plutôt par une coopérative ou une agence qui emploie d’anciens mineurs : ils montrent la réalité de leur travail et en tirent directement un revenu. La visite est déconseillée aux personnes claustrophobes, asthmatiques ou mal acclimatées à l’altitude.

La Casa Nacional de Moneda, l’histoire de l’argent de Potosí

La Casa Nacional de Moneda est l’ancien hôtel des monnaies de Potosí, où l’argent du Cerro Rico était frappé en pièces. Le bâtiment actuel a été construit de 1759 à 1773 pour remplacer la première fonderie créée en 1572 par le vice-roi Francisco de Toledo. C’est aujourd’hui le musée le plus visité de Bolivie, et la visite la plus importante de la ville.

Cour intérieure de la Casa Nacional de Moneda à Potosí

Pendant que les autochtones subissaient des conditions extrêmes dans les mines, des esclaves venus d’Afrique travaillaient le métal dans les ateliers, actionnant notamment les grandes machines de laminage.

Machines en bois de laminage de l’argent exposées à la Casa Nacional de Moneda de Potosí

La Casa de la Moneda raconte toute l’histoire, pas forcément glorieuse, qui se cache derrière la monnaie. La visite se fait obligatoirement avec un guide ; les horaires dépendent des langues, renseignez-vous sur place. Nous avons eu la chance d’avoir une guide francophone. En 2017, nous avons payé 40 bolivianos l’entrée, pour environ 2 heures de visite, et il fallait un pass supplémentaire pour prendre des photos. Les tarifs ont pu évoluer depuis.

À savoir à l’automne 2026 : une restauration de 5 ans a débuté en septembre 2026, en commençant par les toitures. Le musée reste ouvert pendant les travaux, mais certaines parties peuvent être inaccessibles.

Le centre-ville colonial de Potosí

Le centre historique de Potosí se parcourt à pied en une demi-journée, autour de la Plaza 10 de Noviembre et de sa cathédrale, entre maisons coloniales aux couleurs vives, balcons en bois et églises baroques. Pour prendre de la hauteur, montez à la Torre de la Compañía de Jesús, l’ancien clocher des jésuites.

Façade baroque de la Torre de la Compañía de Jesús à Potosí

Une fois passée l’entrée, surprise : vous vous retrouvez dans l’office du tourisme. Il faut acheter un billet (15 bolivianos lors de notre visite en 2017) pour monter en haut du clocher. De là, la vue embrasse toute la ville et ses alentours, notamment le Cerro Rico.

Vue sur les toits de Potosí et le Cerro Rico depuis la Torre de la Compañía
Panorama sur les clochers et les toits du centre colonial de Potosí
Panorama de Potosí et des montagnes de l’Altiplano depuis le clocher des jésuites

Le passage pour y accéder est étroit : attention aux marches et baissez la tête.

Rue du centre historique de Potosí avec maisons coloniales
Place centrale de Potosí, ses arbres et ses bâtiments coloniaux
Statue de la Liberté au centre de la Plaza 10 de Noviembre à Potosí

Prenez le temps de flâner sur la Plaza 10 de Noviembre, devant la cathédrale. Continuez par le Callejón de las Siete Vueltas, puis la calle Junín. Vous passerez notamment devant une association d’anciens mineurs à la façade décorée.

Façade décorée d’une association d’anciens mineurs, calle Junín à Potosí
Détail de la façade peinte de l’association des mineurs de Potosí
Ruelle coloniale du centre de Potosí

Revenez par la calle Quijarro et ses façades colorées typiques. Malheureusement, lors de notre passage, beaucoup manquaient d’entretien.

Façades colorées et balcons en bois de la calle Quijarro à Potosí
Maisons coloniales aux façades défraîchies de la calle Quijarro
Perspective sur une rue en pente de Potosí

Quelques flocons commençant à virevolter, nous avons préféré retourner à l’hôtel pour récupérer nos bagages.

Ciel chargé au-dessus des toits de Potosí, en septembre

De Potosí à Sucre en taxi

Sucre, la capitale constitutionnelle de la Bolivie, se rejoint depuis Potosí en environ 3 heures de route, en bus, en taxi partagé ou en taxi privé. Nous avions commandé un taxi pour rejoindre la capitale Sucre.

Le prix annoncé de 200 bolivianos (en 2017) nous convenait. Une fois à l’intérieur, le chauffeur a commencé à renégocier. Après d’âpres discussions, qui ont presque conduit à tirer le frein à main, il a fini par accepter le prix initial. Conseil : fixez clairement le tarif avant de charger vos bagages, la négociation fait partie du voyage en Bolivie.

Où dormir à Potosí ?

À Potosí, mieux vaut dormir dans le centre historique : la ville est en pente et l’altitude rend chaque montée fatigante. Un hôtel proche de la Plaza 10 de Noviembre permet de tout faire à pied.

Nous avons choisi l’hôtel Patrimonio, à deux pas de la Plaza 10 de Noviembre. Les chambres sont simples, un peu vieillottes mais propres, autour d’un petit patio d’entrée. Le personnel était très agréable et disponible. Nous avions payé 55 € la nuit, petit-déjeuner compris, en 2017 : vérifiez le tarif actuel.

Où manger à Potosí ?

Le choix de restaurants est limité à Potosí, mais le centre offre quelques adresses correctes. Voici celles que nous avons testées en 2017.

  • El Tenedor de Plata : juste devant la Plaza 10 de Noviembre, une cuisine correcte, au-dessus de la moyenne de la ville.
  • 4060 : un restaurant de spécialités mexicaines dont le nom reprend l’altitude de Potosí, avec un bon rapport qualité-prix.

Retrouvez nos autres récits et guides du pays sur notre page Bolivie.

Questions fréquentes

Peut-on visiter les mines de Potosí ?

Oui, des visites guidées descendent dans les galeries du Cerro Rico, toujours exploitées par des coopératives. Privilégiez une agence qui emploie d’anciens mineurs. L’air est poussiéreux et l’altitude élevée : la visite est déconseillée aux personnes fragiles.

Quelle est l’altitude de Potosí ?

Potosí se trouve à plus de 4 000 m d’altitude, ce qui en fait l’une des villes les plus hautes du monde. Le Cerro Rico qui la domine culmine aujourd’hui vers 4 750 m, après des siècles d’exploitation minière.

Combien de temps faut-il entre Uyuni et Potosí ?

Comptez environ 4 heures par la route goudronnée, arrêt compris à l’ancienne mine de Pulacayo, à une vingtaine de kilomètres d’Uyuni. Bus et excursions privées en 4x4 assurent la liaison.

La Casa de Moneda de Potosí est-elle ouverte ?

Oui. Une restauration de 5 ans a commencé en septembre 2026, par les toitures, mais le musée reste ouvert aux visiteurs. La visite se fait avec un guide et dure environ 2 heures.

Combien de jours rester à Potosí ?

Une journée complète suffit pour la Casa de Moneda et le centre historique. Ajoutez une demi-journée pour visiter une mine du Cerro Rico, puis continuez vers Sucre, à environ 3 heures de route.

Sources et vérifications

Informations vérifiées en octobre 2026.

Nicolas

Fondateur de Votre Carnet de Voyage, voyage et écrit depuis 2017. Notre charte éditoriale

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