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Bunker 42 à Moscou : visite d’un abri secret de la guerre froide

Bunker 42 à Moscou : visite d’un abri secret de la guerre froide

Archives : ces articles décrivent la Russie telle que nous l’avons découverte avant 2022. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères déconseille aujourd’hui formellement tout déplacement dans le pays. Conseils aux voyageurs.

Récit publié en 2019, conservé en archive. Il ne reflète pas la situation actuelle : les voyages en Russie sont formellement déconseillés par le ministère des Affaires étrangères.

Le Bunker 42 est un ancien centre de commandement soviétique de la guerre froide, creusé à 65 mètres sous le quartier de Taganka, en plein centre de Moscou. Construit à partir de 1950 et mis en service en 1956, il a fonctionné dans le secret jusqu’en 1985 avant d’être transformé en musée privé de la guerre froide. Voici le récit de notre visite en 2019 et l’histoire du lieu.

Comment trouvait-on l’entrée du Bunker 42 ?

L’entrée du Bunker 42 se trouvait dans une petite rue à environ 300 mètres de la station Taganskaïa, derrière un bâtiment d’apparence ordinaire. Ancien site secret, le bunker ne s’annonçait par aucune grande pancarte : seule une porte verte frappée d’une étoile rouge signalait le musée.

Il fallait d’abord rejoindre la station Taganskaïa, sur la ligne 5. Elle mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde : c’est l’une des plus belles stations du métro de Moscou. De là, quelques minutes de marche menaient à la rue du bunker.

Sur la gauche apparaissait alors une grande porte verte avec une étoile rouge, et juste en dessous l’inscription en cyrillique БУНКЕР-42.

Porte verte à étoile rouge marquant l’entrée du Bunker 42 à Moscou

On ne va pas se mentir : ce n’est pas l’entrée la plus visible qu’on puisse imaginer pour un musée. C’est justement ce qui faisait son charme. Une part de mystère s’installait dès le seuil.

Passé la porte, on entrait dans un sas qui semblait figé dans les années 1950. Une femme nous accueillait depuis sa petite guérite. En 2019, les billets se réservaient à l’avance sur le site internet du Bunker-42, et la visite en anglais n’avait lieu que le lundi à 18 h 30.

Pour gagner en souplesse sur les horaires et éviter la barrière de la langue, nous avions alors repéré une offre partenaire avec des créneaux plus nombreux : Voir notre bon plan Bunker 42. Ces conditions dataient de 2019 et ne sont plus d’actualité.

La descente à 60 mètres de profondeur

La visite du Bunker 42 commençait par une descente à pied de 310 marches jusqu’à environ 60 mètres sous terre, toujours accompagnée d’un guide. Dès les premiers mètres, on quittait le Moscou animé pour un univers austère et déconnecté du monde extérieur.

Escalier étroit descendant vers les galeries du Bunker 42 à Moscou

Nous n’étions jamais seuls. Le guide marchait devant et indiquait le chemin. Une seconde personne fermait la marche pour veiller à ce qu’aucun visiteur ne s’éloigne du groupe. Cette surveillance ajoutait au mystère : on en venait à se demander s’il existait un accès caché au métro 2 de Moscou, ce réseau souterrain secret qui relierait, selon la légende, le Kremlin à l’université d’État.

Après quelques minutes de descente, nous arrivions à l’entrée d’un immense couloir, curieusement recouvert d’un tapis rouge. C’est là que la visite commençait vraiment.

Long couloir souterrain au tapis rouge dans le Bunker 42 de Moscou

Un labyrinthe souterrain de 4 blocs

Le Bunker 42 se compose de 4 blocs souterrains reliés par de longs couloirs et séparés par d’énormes portes blindées. L’ensemble, d’environ 7 000 m², est protégé par un dôme de béton de 6 mètres d’épaisseur ; selon les guides, plus de 2 000 personnes y ont travaillé.

Le bunker possède deux entrées depuis la surface. La première est celle des visiteurs. La seconde se trouverait « quelque part », mais personne ne semblait se souvenir où. Quand nous avons insisté auprès du guide, il est devenu soudain moins bavard et a perdu une partie de son anglais.

Un troisième accès reliait le bunker à la station de métro Taganskaïa. Il servait à livrer armes, matériel et nourriture, de nuit uniquement, par des trains spéciaux.

La visite ne couvrait que 2 des 4 blocs. On y voyait la salle de commandement et on assistait à la simulation d’un lancement de missile nucléaire avec les appareils d’époque, deux visiteurs volontaires jouant le rôle des opérateurs.

Salle de commandement avec pupitres soviétiques dans le Bunker 42
Maquette de missile nucléaire soviétique exposée au Bunker 42 de Moscou

Une autre salle présentait des uniformes d’époque, des machines de chiffrement et du matériel de transmission, ainsi qu’une maquette du complexe au centre. Les photos y étaient interdites.

On passait aussi devant un « bureau de Staline ». Il s’agit d’une reconstitution : Staline est mort en 1953, trois ans avant la mise en service du bunker.

Reconstitution du bureau de Staline dans le Bunker 42 à Moscou

Une petite « surprise » attendait aussi les visiteurs pour les plonger dans l’ambiance de la guerre froide ; nous la gardons secrète. Pendant toute la visite, d’environ 1 h 30, on entendait le grondement de la ligne 5 du métro, qui passe tout près.

L’histoire du Bunker 42

Le Bunker 42 est né de la course aux armements : après l’apparition de la bombe atomique américaine en 1945, l’URSS a développé sa propre arme nucléaire, testée en 1949, et Staline a voulu un abri capable de protéger le commandement en cas de guerre nucléaire. Les travaux ont commencé en 1950, au cœur de Moscou.

D’après les enseignements des essais de 1949, il fallait creuser très profond : la profondeur retenue était d’environ 65 mètres, comparable à celle des stations de métro les plus profondes de la ville.

Le chantier a été confié aux meilleurs ouvriers de Metrostroï, l’entreprise de construction du métro. Le projet, baptisé « Objet 02 », était supervisé par les services de sécurité de l’État : il devait rester inconnu de la population comme des observateurs étrangers.

Le bunker devait aussi être proche du Kremlin, pour que les dirigeants puissent s’y rendre rapidement. Pour rester discrets, les ouvriers ont utilisé les puits de construction du métro voisin pour évacuer la terre. La tâche était double : creuser sans attirer l’attention, et sans endommager les réseaux de communication existants.

Galerie voûtée du bunker de Taganka à Moscou

La surveillance était constante. Les ouvriers arrivaient dans des rames spéciales aux vitres opaques, et beaucoup pensaient construire une nouvelle ligne de métro avec ses installations électriques.

Du bunker secret au musée de la guerre froide

Le Bunker 42 a été officiellement mis en service en 1956, même si les premiers opérateurs militaires et civils s’y installaient dès 1954. Jusqu’en 1985, il a servi de centre de commandement et de communication de l’aviation stratégique à long rayon d’action, capable de porter l’arme nucléaire partout dans le monde.

En cas d’attaque nucléaire, jusqu’à 600 personnes pouvaient y vivre en autonomie pendant environ un mois, selon les informations données sur place. Devenu obsolète face aux armes modernes, le bunker a été déclassifié, puis vendu aux enchères à une société privée en 2006. Celle-ci l’a rénové et transformé en musée de la guerre froide. Beaucoup de choses ont changé à l’intérieur, mais l’atmosphère du lieu demeurait très particulière.

Un restaurant occupait l’un des blocs. Là encore, impossible d’y aller seul : il fallait attendre un accompagnateur pour s’y rendre. Le décor prolongeait l’ambiance soviétique de la visite.

Salle d’exposition souterraine du Bunker 42 à Moscou
Wagons anciens exposés dans le bunker de Taganka à Moscou
Restaurant au décor soviétique installé dans le Bunker 42

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Bunker 42 de Moscou ?

C’est un ancien centre de commandement et de communication soviétique, construit à partir de 1950 à environ 65 mètres sous le quartier de Taganka, en service de 1956 à 1985, puis transformé en musée privé de la guerre froide.

Pourquoi le bureau de Staline du Bunker 42 est-il une reconstitution ?

Staline est mort en 1953, alors que le bunker n’a été mis en service qu’en 1956. Le bureau présenté aux visiteurs est donc une mise en scène, pas une pièce qu’il aurait occupée.

Combien de personnes pouvaient vivre dans le Bunker 42 ?

Selon les informations données lors de la visite, jusqu’à 600 personnes pouvaient y vivre en autonomie pendant environ un mois en cas d’attaque nucléaire.

Sources et vérifications

Informations vérifiées en octobre 2026.

Nicolas

Fondateur de Votre Carnet de Voyage, voyage et écrit depuis 2017. Notre charte éditoriale

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