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A retenir : En 1961, le village de Savines (976 habitants) a été englouti sous les eaux du lac de Serre-Ponçon, créé par un barrage haut de 123,5 mètres sur la Durance. Reconstruit plus haut sur la rive, à 780 mètres d’altitude, Savines-le-Lac reste le seul village des Hautes-Alpes entièrement rebâti après sa submersion.
Dans les Hautes-Alpes, le lac de Serre-Ponçon s’étend aujourd’hui sur 2 800 hectares entre Gap et Embrun, une surface comparable à celle du lac d’Annecy. On y accède par la route qui longe la Durance, au cœur d’une région où les eaux turquoise masquent depuis plus de soixante ans un pan entier de l’histoire locale : celle d’un village rayé de la carte pour laisser place au lac.
Ce village s’appelait Savines. En 1954, il comptait 976 habitants. Sept ans plus tard, il n’existait plus — non pas détruit par un cataclysme naturel, mais noyé volontairement, maison après maison, pour permettre la construction du plus grand lac artificiel d’Europe à l’époque.
Sommaire
Un barrage pour dompter la Durance
Les travaux du barrage de Serre-Ponçon débutent en 1955 et s’achèvent en 1961. L’ouvrage, haut de 123,5 mètres, retient 1,27 milliard de mètres cubes d’eau sur la Durance. Il constitue le premier maillon d’une chaîne de quinze centrales hydrauliques exploitées par EDF le long du fleuve, pensée pour réguler ses crues et produire de l’électricité.
Pour que le barrage remplisse sa fonction, il fallait que l’eau monte jusqu’à la cote 780 mètres. Or à cette altitude se trouvait Savines, avec ses maisons, ses rues, son église — tout un village qu’il fallait vider avant la mise en eau.
Le dernier jour du vieux Savines
L’église de Savines est dynamitée en 1959, deux ans avant la montée définitive des eaux. Le geste paraît brutal, mais il répond à une nécessité technique : si l’édifice était resté debout, son clocher aurait continué d’émerger au-dessus du lac une fois la cote 780 atteinte.
Le 3 mai 1961, il ne reste plus du village que les ruines de cette église détruite. Quelques semaines plus tard, le 18 juin 1961, le lac atteint sa cote maximale de 780 mètres. Savines a disparu sous 2 800 hectares d’eau, recouvrant ce qui fut, pendant des décennies, un lieu de vie ordinaire dans les Hautes-Alpes.
Reconstruire plus haut, recommencer ailleurs
Contrairement aux autres villages engloutis des Hautes-Alpes, Savines a été entièrement reconstruit — plus haut sur la rive, à la même altitude de 780 mètres qui avait englouti l’ancien village, mais cette fois au-dessus du niveau de l’eau. Le nouveau Savines-le-Lac porte aujourd’hui le label Patrimoine du XXe siècle.
Son église contemporaine, dont l’architecture évoque la proue d’un bateau tournée vers le lac, symbolise ce basculement : un village qui regarde désormais l’eau plutôt que de la subir. Mais la reconstruction n’a pas effacé le traumatisme des expropriations. Seules 247 personnes ont choisi de s’installer dans le nouveau village — un chiffre qui dit, à lui seul, combien l’arrachement fut difficile à accepter pour les anciens habitants de Savines.
Ce qui a échappé à la submersion
Un édifice a toutefois été épargné par la montée des eaux : la chapelle Saint-Michel, bâtie à plus de 790 mètres d’altitude, soit juste assez haut pour rester hors de portée du lac. Elle demeure l’un des rares témoins directs du paysage d’avant 1961 encore visible sur place.
Voir cette histoire aujourd'hui
Pour comprendre ce qui s’est joué ici, le Muséoscope du Lac, à Rousset, propose un parcours visuel et sonore retraçant la construction du barrage et le sort des villages engloutis. La visite dure environ 1h30.
Le tarif adulte est de 16,50 €, celui de l’enfant (5-15 ans) de 11,50 €, l’entrée est gratuite pour les moins de 5 ans, et un forfait famille (2 adultes, 2 enfants) est proposé à 52 €. Sur place, la chapelle Saint-Michel et l’église en forme de proue de Savines-le-Lac restent les deux repères concrets d’une histoire qui, ailleurs, a entièrement disparu sous l’eau.
Questions frequentes
Peut-on encore voir des vestiges du vieux Savines ?
Le village lui-même est englouti sous le lac ; seule la chapelle Saint-Michel, construite à plus de 790 mètres d’altitude, a échappé à la submersion de 1961.
Pourquoi l'église de Savines a-t-elle été détruite avant la mise en eau ?
Elle a été dynamitée en 1959 car son clocher, trop haut, aurait continué à émerger du lac une fois la cote 780 mètres atteinte en 1961.
Où se renseigner sur l'histoire du barrage et des villages engloutis ?
Le Muséoscope du Lac, à Rousset, consacre un parcours visuel et sonore d’1h30 à la construction du barrage de Serre-Ponçon et à la disparition des villages submergés.
Sources
- Préfecture des Hautes-Alpes – Barrage EDF de Serre-Ponçon
- Revue EIN – Histoire de Serre-Ponçon (~2022-2023)
- Dignois.fr – Savines-le-lac-destruction (archives photos Dauphiné)
- Serreponcon.com – Fiche Savines-le-Lac (2025 (mise à jour))
- Lithistart – Carmen Montet, le village englouti de Savines (2020)
- Office de tourisme Gap Tallard Vallées – Muséoscope du Lac (2026)
- Wikipedia EN – Savines-le-Lac

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