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A retenir : En 1928, Henry Ford fait construire au bord du Rio Tapajós une ville américaine complète pour produire son propre caoutchouc. Les hévéas plantés en rangées serrées ont été détruits par insectes et champignons ; la concession fut revendue en 1945. Environ 2000 habitants y vivent encore en 2024.
Sur la carte, rien ne distingue a priori ce coude du Rio Tapajós, dans l’État du Pará, au cœur de l’Amazonie brésilienne. On y accède aujourd’hui par bateau depuis Santarém, douze heures de navigation pour 45 réais. Et pourtant, en 1928, c’est là qu’Henry Ford, alors l’homme le plus riche du monde, a choisi de faire sortir de terre une ville américaine complète, avec école, hôpital, cinéma, piscines et même un terrain de golf, bordée de rues où roulaient des voitures Ford.
Le projet s’appelait Fordlândia. Il devait affranchir l’industriel du monopole britannique sur le caoutchouc d’Asie, une dépendance qui l’inquiétait au point qu’on évoquait alors un cartel redouté jusque dans les propos de Winston Churchill. Ford voulait produire son propre caoutchouc, sur ses propres terres, avec ses propres méthodes. Il obtint pour cela une concession de 10 000 km², contre 9% des profits générés. Ce qui s’est joué ensuite tient moins du triomphe industriel que du malentendu entre une chaîne de montage et une forêt tropicale.
Sommaire
Une concession de 10 000 km² contre le monopole britannique
L’accord signé en 1928 donne à Ford un territoire immense au bord du Tapajós, en échange d’un pourcentage sur les profits futurs. L’ambition dépasse la simple exploitation agricole : il s’agit de sécuriser une matière première stratégique, le caoutchouc, indispensable à l’industrie automobile naissante, sans dépendre des plantations asiatiques contrôlées par les Britanniques. Le projet est colossal pour l’époque, estimé à 20 millions de dollars, porté par le magnat le plus riche du monde.
Une ville américaine greffée sur la forêt
Ce qui se construit alors au bord du fleuve n’a rien d’un simple campement de travailleurs. Fordlândia dispose d’une école, d’un hôpital, d’un cinéma, de piscines et d’un terrain de golf. Les rues sont bordées de voitures Ford, comme un fragment du Midwest américain transplanté en pleine Amazonie. Un détail résume à lui seul la distance entre le projet et sa réalité : Henry Ford n’a jamais mis les pieds sur le site qu’il avait fait construire.
Les hévéas en rangées, une erreur de plantation
Le cœur du projet, ce sont les hévéas, plantés en rangées serrées, sur le modèle d’une chaîne de montage industrielle. Cette organisation, pensée pour l’efficacité, se retourne contre elle-même : en milieu tropical, une telle densité favorise la propagation des insectes et des champignons, contrairement aux plantations dispersées de la forêt naturelle. Vers 1940, près de trois millions d’arbres avaient pourtant été plantés. Chenilles et brûlure des feuilles finissent par détruire la majorité d’entre eux.
La fin du rêve et la vente en 1945
En 1945, le petit-fils d’Henry Ford vend Fordlândia et la ville voisine de Belterra au gouvernement brésilien, une opération qui sert avant tout à couvrir les salaires impayés des ouvriers. La même année, l’essor du caoutchouc synthétique rend obsolète l’intérêt stratégique qui avait justifié tout le projet. L’historien Greg Grandin, aujourd’hui à Yale après avoir enseigné à NYU, retrace cette histoire dans ‘Fordlandia’, publié en 2010 et finaliste du Prix Pulitzer d’histoire et du National Book Award.
Fordlândia aujourd'hui
Après l’abandon, la ville s’est vidée : jusqu’au début des années 2000, elle ne comptait plus qu’une centaine d’habitants. La population est ensuite remontée, atteignant environ 3000 habitants en 2017, puis environ 2000 résidents en 2024, avec une église, un poste de santé, quelques pensions et petits restaurants. Les chiffres varient selon les sources, en l’absence de données officielles consultées pour cet article.
Pour visiter, des bateaux partent de Santarém du lundi au samedi à 16h, et le dimanche à 14h, pour un trajet de douze heures et un tarif de 45 réais. Sur place, les bâtiments industriels, les maisons de style américain et les vestiges de l’infrastructure de Ford subsistent, cernés par une végétation qui a repris presque tout ce que la chaîne de montage lui avait arraché.
Questions frequentes
Où se trouve Fordlândia ?
Au bord du Rio Tapajós, dans l’État du Pará, en Amazonie brésilienne, accessible par bateau depuis Santarém.
Pourquoi Henry Ford a-t-il construit cette ville ?
Pour produire son propre caoutchouc et s’affranchir du monopole britannique sur le caoutchouc d’Asie, sur une concession de 10 000 km² obtenue en 1928.
Pourquoi le projet a-t-il échoué ?
Les hévéas plantés en rangées serrées ont favorisé insectes et champignons ; la majorité des arbres ont été détruits vers 1940, et le caoutchouc synthétique a rendu le projet obsolète après 1945.
Reste-t-il des habitants à Fordlândia aujourd'hui ?
Oui, environ 2000 résidents y vivaient en 2024, avec église, poste de santé et quelques commerces.
Comment visiter Fordlândia ?
Des bateaux partent de Santarém du lundi au samedi à 16h et le dimanche à 14h, pour un trajet de 12 heures et 45 réais.
Sources
- Wikipedia – Fordlândia
- Sciencepost – Henry Ford a fait bâtir une ville entière (2 weeks ago (approx. sept 2026))
- Al Jazeera – Brazil's Fordlandia (27 février 2024)
- Fredzone – L'histoire de Fordlândia (11 juillet 2020)
- SuperSummary – Fordlandia Summary (Greg Grandin)
- Sciencepost – Ford a perdu 20 millions de dollars (12 août 2026)
- Wikipedia – Greg Grandin
- Deseret News – Fordlandia failed utopia (10 mai 2024)
- Wikivoyage – Fordlândia (mise à jour août 2017)

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