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Vaucluse : 18 silos nucléaires enterrés, abandonnés depuis 1996

Temps de lecture estimé : 3 minute(s)

A retenir : Le plateau d’Albion, dans le Vaucluse, a abrité de 1971 à 1996 dix-huit silos de missiles nucléaires français, répartis entre Rustrel et Reilhanette. Démantelée après la décision de Jacques Chirac en 1996, la base reste murée, sauf un silo devenu observatoire et un poste de tir transformé en laboratoire scientifique.

Entre Rustrel et Reilhanette, le plateau d’Albion ressemble à n’importe quel plateau du Vaucluse : garrigue, lavande, silence. Rien, en surface, ne signale qu’entre 1971 et 1996, ce paysage a porté l’une des composantes de la dissuasion nucléaire française. Dix-huit silos, enterrés à trente mètres de profondeur pour neuf d’entre eux, ont hébergé des missiles sol-sol prêts à être tirés à tout moment, jour et nuit, pendant vingt-cinq ans.

Le système s’appelait SSBS, pour sol-sol balistique stratégique. Il occupait 800 km² répartis en dix-huit zones de lancement, deux postes de conduite de tir et deux antennes de réception. Depuis la fin de l’alerte opérationnelle en septembre 1996, la plupart de ces installations ont simplement été murées et laissées telles quelles, invisibles depuis la route mais toujours là, sous les champs.

Un système en alerte permanente pendant vingt-cinq ans

Le plateau d’Albion s’étend à cheval sur le Vaucluse et la Drôme, au nord du Luberon. Neuf silos se trouvaient du côté de Rustrel, dans le Vaucluse, et neuf autres près de Reilhanette, dans la Drôme voisine. Chaque silo descendait à trente mètres sous terre, relié à un poste de conduite de tir chargé de piloter les lancements en cas d’ordre venu du sommet de l’État.

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De août 1971 à septembre 1996, le site n’a jamais cessé de fonctionner en alerte permanente. Deux postes de conduite de tir et deux antennes de réception complétaient le dispositif sur l’ensemble des 800 km² concernés. Pendant un quart de siècle, cette portion de Provence a fait partie intégrante de la stratégie de dissuasion nucléaire française, sans que la population environnante n’en perçoive grand-chose au-delà des clôtures et des accès surveillés.

La décision de 1996 et le démantèlement

Le 22 février 1996, Jacques Chirac décide le retrait de la composante sol-sol, jugée trop coûteuse à moderniser. La décision met un terme à un système conçu pour durer, mais devenu financièrement difficile à faire évoluer. Le 16 septembre 1996 marque officiellement la fin de l’alerte opérationnelle et le début du démantèlement de la base.

Le travail de retrait s’est étalé sur plusieurs années. Sur chaque zone de lancement, 35 tonnes de matériel militaire ont été extraites. Le dernier missile a quitté son silo en septembre 1997, et la dernière tête nucléaire n’a été retirée que le 26 février 1998, soit près de deux ans après l’annonce présidentielle. Le démantèlement complet des installations s’est achevé entre la fin de 1997 et 1999, effaçant progressivement toute trace opérationnelle du système, sans pour autant faire disparaître le béton enterré.

Ce qui subsiste aujourd'hui sous les champs

La majorité des silos ont été murés et laissés en l’état, invisibles pour qui traverse le plateau sans savoir où regarder. Deux exceptions existent. À Lagarde-d’Apt, un ancien silo a été reconverti en observatoire astronomique public, baptisé SIRENE, transformant un outil de guerre froide en instrument tourné vers le ciel plutôt que vers une cible. Le poste de conduite de tir n°1 de Rustrel, lui, abrite depuis 1997 le Laboratoire souterrain à bas bruit, le LSBB, qui utilise le silence et l’isolement du site pour des mesures scientifiques de précision.

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Le reste des infrastructures souterraines demeure officiellement inaccessible au grand public, condamné depuis la fin des années 1990. Mais en septembre 2026, l’association COMPPAS organise, pour les Journées du patrimoine, une ouverture exceptionnelle et payante, sur réservation, d’une ancienne zone de lancement. Une occasion rare de descendre là où, pendant vingt-cinq ans, des hommes ont attendu un ordre qui, finalement, n’est jamais venu.

Questions frequentes

Où se trouve le plateau d'Albion ?

Il s’étend entre le Vaucluse et la Drôme, avec neuf silos près de Rustrel (Vaucluse) et neuf autres près de Reilhanette (Drôme), sur un total de 800 km².

Peut-on visiter les silos aujourd'hui ?

La plupart restent murés et inaccessibles depuis la fin des années 1990. En septembre 2026, l’association COMPPAS propose une ouverture exceptionnelle et payante d’une zone de lancement pour les Journées du patrimoine.

Pourquoi le site a-t-il été fermé en 1996 ?

Jacques Chirac a décidé le 22 février 1996 le retrait de la composante sol-sol, jugée trop coûteuse à moderniser. L’alerte opérationnelle a cessé le 16 septembre 1996.

Sources

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