Le glacier des Bossons, qui descend du mont Blanc jusqu’aux abords de Chamonix (Haute-Savoie), restitue depuis 1987 les débris de deux avions d’Air India écrasés sur le massif : le Malabar Princess en 1950 et le Boeing 707 Kangchenjunga en 1966. Roue, moteurs, courrier diplomatique, pierres précieuses et journaux indiens de janvier 1966 ont refait surface au fil de la fonte, jusqu’à une opération de ramassage organisée le 1er septembre 2026.
Deux crashs d’Air India sur le même massif
Deux avions d’Air India se sont écrasés à seize ans d’intervalle sur le massif du Mont-Blanc, près du rocher de la Tournette, sous le sommet, alors qu’ils approchaient de Genève : le Malabar Princess le 3 novembre 1950 et le Kangchenjunga le 24 janvier 1966. Aucun des 165 occupants des deux appareils n’a survécu.
Le Malabar Princess, 3 novembre 1950
Le Malabar Princess, un Lockheed Constellation assurant le vol 245 de Bombay à Londres via Le Caire et Genève, percute le rocher de la Tournette à 4 677 m d’altitude : les 48 personnes à bord sont tuées. La fiche Wikipédia FR - Accident du Malabar Princess détaille le déroulement de l’accident et les secours en haute montagne, et sa version anglaise, Wikipédia EN - Malabar Princess, retrace les découvertes successives de débris.
Le Kangchenjunga, vol Air India 101, 24 janvier 1966
Le Boeing 707-437 Kangchenjunga, immatriculé VT-DMN, assurait le vol 101 de Bombay à Londres avec escales à Delhi et Beyrouth, puis une route vers Genève. Selon la version officielle, le pilote, pensant avoir dépassé le mont Blanc, a entamé sa descente trop tôt ; l’avion a heurté le massif vers 4 750 m. Les 117 occupants (106 passagers et 11 membres d’équipage) sont morts, dont Homi Jehangir Bhabha, président de la Commission indienne de l’énergie atomique. L’article Wikipédia FR - Vol Air India 101 mentionne aussi une hypothèse de collision avec un avion militaire, jamais formellement établie.
Comment le glacier des Bossons restitue-t-il les débris ?
Le glacier des Bossons fonctionne comme un tapis roulant : la glace formée près du sommet descend lentement vers la vallée et transporte avec elle ce qui est tombé en altitude, avant de le libérer à sa surface dans la zone de fonte, vers 1 900 à 2 000 m. Ce trajet de près de 3 000 m de dénivelé prend des décennies, ce qui explique que des objets de 1950 et 1966 apparaissent encore aujourd’hui.
Le recul du glacier, lié au réchauffement climatique, accélère la mise au jour des vestiges. Le blog spécialisé Claude Grandpey - Volcans et Glaciers (blog spécialisé) suit depuis des années l’évolution de ce glacier et les objets qu’il libère.
Quelles découvertes depuis 1987 ?
Depuis 1987, le glacier des Bossons a rendu des pièces mécaniques, des effets personnels et du courrier des deux avions, retrouvés par des alpinistes, des guides et des passionnés. Les découvertes s’étalent sur près de quarante ans.
| Date | Découverte | Appareil |
|---|---|---|
| 4 août 1987 | Une roue, récupérée au Chalet des Bossons | Malabar Princess (1950) |
| 15 septembre 1989 | Un premier moteur, vers 1 900 m | Malabar Princess (1950) |
| 22 septembre 2008 | Un second moteur, vers 2 000 m | Malabar Princess (1950) |
| Août 2012 | Une valise diplomatique indienne pleine de courrier et de journaux | Kangchenjunga (1966) |
| Septembre 2013 | Une boîte « made in India » remplie de saphirs et d’émeraudes | Attribuée à l’un des deux vols |
| Juillet 2020 | Une douzaine de journaux indiens de janvier 1966 | Kangchenjunga (1966) |
| 2021 à 2023 | Une revue gouvernementale classée « secret », puis des instruments de vol | Kangchenjunga (1966) |
Le courrier diplomatique de 2012
En août 2012, deux hommes trouvent sur le glacier une valise diplomatique indienne contenant du courrier et des journaux, 46 ans après le crash du Kangchenjunga, comme l’a rapporté le Deccan Herald (AFP).
Le trésor de 2013
En septembre 2013, un alpiniste savoyard découvre une boîte marquée « made in India » renfermant des pierres précieuses, dont des émeraudes et des saphirs, comme l’a raconté le quotidien suisse Le Temps. Faute de propriétaire identifié, le trésor, estimé à environ 300 000 €, a été partagé en décembre 2021 entre l’alpiniste et la commune de Chamonix.
Les journaux d’Indira Gandhi en 2020
En juillet 2020, une douzaine de journaux indiens datés de janvier 1966 ressurgissent en bon état, l’un d’eux titrant sur l’arrivée d’Indira Gandhi au poste de Première ministre, selon Gulf News (AFP).
Un chercheur d’épaves sur la glace
Daniel Roche, alpiniste passionné par ces deux catastrophes, arpente le glacier des Bossons depuis des années et en a exhumé de nombreux débris, dont de l’argenterie et des fragments de gilet de sauvetage sur le plateau des Pyramides. En octobre 2022, il y retrouve, vers 2 000 m, le sac à dos de Josette Bonnargent, passagère française du Kangchenjunga, contenant une lettre et des bijoux, comme l’a relaté See Chamonix.
Certaines pièces sont aujourd’hui documentées par les musées de montagne : le réseau Mountain Museums IALP présente ainsi des débris du Kangchenjunga dans ses collections en ligne.
Le ramassage du 1er septembre 2026
Le 1er septembre 2026, l’association Mountain Riders a organisé une opération de ramassage des débris sur le glacier des Bossons, avec Asters (Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie), la Compagnie du Mont-Blanc, la Compagnie des Guides de Chamonix, la communauté de communes et la DRAC. Quatre archéologues ont documenté les vestiges avant leur enlèvement, et les pièces les plus lourdes devaient être évacuées par hélicoptère.
Le récit de l’opération, publié sur Mountain Riders - Blog du Yeti, précise que les débris collectés proviennent du Malabar Princess, du Kangchenjunga et d’un autre drame du massif, l’accident de Vincendon et Henry en 1956. La fonte se poursuivant, d’autres vestiges devraient apparaître dans les années à venir.
Que peut-on voir aujourd’hui ?
Le Chalet du Glacier des Bossons, buvette d’altitude au bord du glacier, au-dessus du hameau des Bossons à Chamonix, expose des pièces du Malabar Princess, dont une partie du train d’atterrissage et de la carlingue. On y accède par un sentier de montagne, avec vue directe sur les séracs du glacier.
- Ne vous aventurez pas sur le glacier sans guide : crevasses et chutes de séracs le rendent dangereux.
- Tout objet trouvé doit être remis à la gendarmerie, en particulier s’il s’agit de restes humains ou de documents.
- Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme de Chamonix sur l’ouverture saisonnière du chalet.
Pour d’autres lieux marqués par l’histoire, lisez nos articles sur Oradour-sur-Glane et sur la rupture du barrage de Malpasset.
Questions fréquentes
Où se trouve le glacier des Bossons ?
Le glacier des Bossons descend du sommet du mont Blanc jusqu’aux abords de Chamonix, en Haute-Savoie. Sa langue terminale domine le hameau des Bossons, dans la vallée de Chamonix-Mont-Blanc.
Quels avions se sont écrasés sur le massif du Mont-Blanc ?
Deux avions d’Air India : le Malabar Princess, un Lockheed Constellation, le 3 novembre 1950 (48 morts), et le Boeing 707 Kangchenjunga, vol 101, le 24 janvier 1966 (117 morts), tous deux près du rocher de la Tournette.
Pourquoi des débris réapparaissent-ils encore ?
La glace descend lentement depuis la zone du crash, vers 4 700 m, jusqu’à la zone de fonte, vers 2 000 m, en transportant les débris. Ce trajet prend des décennies, et le recul du glacier accélère leur apparition.
Peut-on voir des débris des crashs aujourd’hui ?
Oui. Le Chalet du Glacier des Bossons, au-dessus du hameau des Bossons, présente des pièces du Malabar Princess, dont une partie du train d’atterrissage et de la carlingue. Il s’atteint par un sentier de montagne.
Sources et vérifications
Informations vérifiées en octobre 2026.




