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1831 : l’île Ferdinandea surgit en mer, revendiquée par quatre pays

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A retenir : En juillet 1831, une éruption sous-marine surtseyenne fait émerger en quelques jours, dans le canal de Sicile, une île volcanique de 4 km de circonférence, aussitôt revendiquée par le Royaume-Uni, le Royaume des Deux-Siciles et la France, avant de s’effondrer sous les tempêtes hivernales.

Entre la pointe sud-ouest de la Sicile et les côtes tunisiennes, le canal de Sicile n’a aujourd’hui rien d’extraordinaire sur une carte marine : un bras de Méditerranée que traversent les ferries et les pêcheurs, sans île notable à cet endroit précis. Et pourtant, pendant six mois en 1831, une terre s’y est dressée, assez haute et assez vaste pour qu’on y plante trois drapeaux différents.

Fin juin 1831, des secousses sismiques sont ressenties en Sicile occidentale. Personne n’y prête une attention particulière outre mesure. Le 7 juillet, le capitaine F. Trefiletti signale quelque chose d’inhabituel en mer : un cône volcanique commence à émerger des flots, à l’endroit même où la mer recouvrait jusque-là une base volcanique située à environ 150 mètres de profondeur.

Une île sortie de l'eau en quatre jours

L’éruption qui donne naissance à Ferdinandea est de type surtseyen, le même mécanisme qui façonnera plus tard l’îlot islandais de Surtsey : de la lave entrant en contact avec l’eau de mer, générant des explosions de vapeur et des projections de cendres et de roches. Son indice d’explosivité volcanique est évalué à 3. En quatre jours à peine, entre le 7 et la nuit du 10 au 11 juillet 1831, le cône franchit la surface et forme une île complète d’environ quatre kilomètres de circonférence.

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L’île continue de grossir dans les semaines suivantes. À son maximum, en juillet-août 1831, elle atteint 4 800 mètres de circonférence et 63 mètres de hauteur — un volume comparable à celui d’une colline, posé au milieu d’un bras de mer fréquenté depuis l’Antiquité.

Trois drapeaux, quatre prétendants

Une île qui surgit de rien, à mi-chemin entre deux rives stratégiques, ne reste pas longtemps sans propriétaire revendiqué. Le Royaume-Uni est le premier à agir : un drapeau britannique est planté sur l’île le 2 août 1831, qui prend alors le nom de Graham Island.

Quinze jours plus tard, le 17 août 1831, Ferdinand II de Bourbon, roi des Deux-Siciles, signe un acte souverain annexant l’île sous le nom de Ferdinandea — celui qui lui restera dans l’histoire. La France ne veut pas être en reste : le 28 septembre 1831, une expédition menée par le géologue Constant Prévost débarque depuis le navire La Flèche et plante à son tour le drapeau tricolore. Prévost baptise l’île « Julia », en référence au mois de son émersion et à la monarchie de Juillet alors au pouvoir à Paris. Selon plusieurs sources, l’Espagne aurait elle aussi affiché des ambitions territoriales sur ce bout de roche volcanique, portant à quatre le nombre de prétendants pour une île qui n’avait pas six mois d’existence.

Une île qui n'a pas survécu à l'hiver

La roche volcanique fraîchement formée, meuble et mal consolidée, ne résiste pas longtemps à l’érosion marine. Les tempêtes de l’automne puis de l’hiver 1831 rongent progressivement les flancs de l’île. Les sources ne s’accordent pas sur la date exacte de sa disparition complète sous les vagues : certaines l’évoquent dès décembre 1831, d’autres en janvier 1832. Ce qui est certain, c’est qu’en l’espace de quelques mois, la terre que trois puissances européennes venaient de se disputer avait cessé d’exister en surface.

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Ce qu'il reste à voir aujourd'hui

L’expédition française de Constant Prévost n’est pas repartie les mains vides : des échantillons de roche prélevés sur l’île sont aujourd’hui conservés aux Muséums d’Histoire Naturelle de Paris et de Strasbourg, témoins minéraux d’une terre qui n’a existé que quelques mois.

Sous la surface du canal de Sicile, à l’endroit où Ferdinandea s’est dressée puis effondrée, subsiste un banc volcanique submergé, aujourd’hui recouvert par environ 8 à 9 mètres d’eau. Aucune information fiable ne permet à ce jour de détailler des conditions d’accès, de plongée ou de visite organisée vers ce site ; il reste, pour l’instant, une curiosité géologique plus qu’une destination balisée.

Questions frequentes

Où se trouvait exactement l'île Ferdinandea ?

Dans le canal de Sicile, un bras de Méditerranée situé entre la Sicile et la Tunisie, au-dessus d’un cône volcanique sous-marin dont la base se trouvait à environ 150 mètres de profondeur.

Pourquoi l'île porte-t-elle plusieurs noms ?

Chaque puissance qui l’a revendiquée lui a donné son propre nom : Graham Island pour les Britanniques, Ferdinandea pour le royaume des Deux-Siciles, et Julia pour l’expédition française menée par Constant Prévost.

Reste-t-il quelque chose de l'île aujourd'hui ?

L’île elle-même a disparu sous les vagues entre fin 1831 et début 1832, érodée par les tempêtes hivernales. Il subsiste un banc volcanique submergé à environ 8-9 mètres de profondeur, ainsi que des échantillons de roche conservés dans les Muséums d’Histoire Naturelle de Paris et de Strasbourg.

Sources

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