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A retenir : Le 21 juin 1919, à Scapa Flow dans les Orcades, l’amiral Ludwig von Reuter fait saborder 52 des 74 navires allemands internés, en cinq heures, pour empêcher leur partage entre Alliés prévu par le traité de Versailles. C’est la plus grande perte navale d’une seule journée de l’histoire.
Scapa Flow est une rade naturelle abritée, nichée au cœur de l’archipel des Orcades, au nord de l’Écosse. C’est là, le 21 juin 1919, que s’est jouée en quelques heures l’une des scènes les plus radicales de l’après-Première Guerre mondiale : le sabordage volontaire de 52 navires de guerre allemands, internés depuis novembre 1918.
Rien, sur le papier, ne laissait présager ce dénouement. Les clauses de l’armistice de Compiègne prévoyaient simplement que la flotte allemande reste sous surveillance britannique, le temps que les diplomates tranchent son sort. Huit mois plus tard, c’est un amiral allemand, seul à bord, qui a tranché à sa manière.
Sommaire
Soixante-quatorze navires sous surveillance
Depuis novembre 1918, 74 bâtiments de la Hochseeflotte allemande mouillent à Scapa Flow, internés selon les termes de l’armistice. La composition de cette flotte donne la mesure de l’enjeu : onze cuirassés, cinq croiseurs de bataille, huit croiseurs et vingt-cinq destroyers, soit l’essentiel de la puissance navale allemande de l’époque, immobilisée dans une rade écossaise battue par les vents du nord.
Les équipages, considérablement réduits, ne comptent plus que moins de 2000 hommes pour surveiller l’ensemble de ces coques. L’attente s’installe, sans certitude sur l’issue politique qui attend ces navires.
Versailles, le déclencheur
En mai 1919, les clauses du traité de Versailles sont rendues publiques. Elles prévoient un désarmement radical de l’Allemagne et, surtout, un partage des navires internés entre les puissances victorieuses. Pour l’amiral Ludwig von Reuter, qui commande la flotte captive, cette perspective est inacceptable : voir les bâtiments de la marine allemande hisser le pavillon d’un vainqueur plutôt que disparaître.
Cinq heures qui ont changé l'histoire navale
Le 21 juin 1919, von Reuter donne l’ordre. Sur chaque navire, les équipages ouvrent les prises d’eau, les sabords et les tubes lance-torpilles, puis évacuent en chaloupes. En environ cinq heures, 52 des 74 navires internés coulent dans la rade — la plus grande perte de navires en une seule journée de toute l’histoire navale.
La scène ne se déroule pas sans violence : les gardes britanniques, pris au dépourvu, tirent sur les équipages allemands en fuite. Neuf marins sont tués, seize autres blessés, dans la confusion de cette matinée où une flotte entière disparaît sous les yeux de ses geôliers.
Le grand nettoyage, de 1922 à 1979
Les opérations de salvage des épaves s’étalent sur plus d’un demi-siècle, de 1922 à 1979. Coque après coque, les matériaux sont récupérés puis revendus, remontés à la surface dans un gigantesque chantier qui transforme peu à peu le fond de la rade.
Von Reuter, lui, publie en 1921 un livre sur l’épisode, Scapa Flow – Das Grab der deutschen Flotte, « Scapa Flow, le tombeau de la flotte allemande » — un titre qui résume à lui seul l’ampleur de ce qu’il venait de provoquer.
Ce qu'il reste à voir aujourd'hui
Après un siècle de salvage, seules sept épaves de la flotte de 1919 reposent encore aujourd’hui au fond de Scapa Flow. Elles attirent des plongeurs du monde entier, dans une eau froide des Orcades où les coques rouillées servent désormais d’abri à la faune marine.
Depuis la France, des séjours plongée organisés vers Scapa Flow existent, vol depuis Paris inclus, à partir de 2998 euros pour 9 jours — à condition de justifier au minimum du niveau 2 de plongée. Pour ceux qui préfèrent rester à terre, l’histoire du sabordage se raconte aussi sur place, dans les Orcades, où l’épisode reste une des pages les plus étudiées de l’histoire navale du XXe siècle.
Questions frequentes
Pourquoi la marine allemande a-t-elle sabordé sa flotte en 1919 ?
Pour empêcher que les 74 navires internés depuis novembre 1918 soient définitivement partagés entre les Alliés, comme le prévoyaient les clauses du traité de Versailles rendues publiques en mai 1919.
Combien de navires ont coulé le 21 juin 1919 ?
52 des 74 navires internés ont été sabordés en environ cinq heures, la plus grande perte de navires en une seule journée de l’histoire navale.
Reste-t-il des épaves visibles aujourd'hui à Scapa Flow ?
Oui, sept épaves de la flotte de 1919 reposent encore au fond de la rade ; elles sont accessibles en plongée, les autres ayant été renflouées entre 1922 et 1979.
Sources
- Imperial War Museum – Scuttling of the German Fleet 1919 (2009 (article), consulté 2026)
- German History Docs – Scuttling of the German Fleet in Scapa Flow (non daté)
- Wikipedia EN – Scuttling of the German fleet at Scapa Flow (non daté)
- Wikipedia FR – Sabordage de la flotte allemande à Scapa Flow (non daté)
- History Today – The German battle fleet scuttled at Scapa Flow (juin 2009)
- PressReader – Post-war sabotage (avril 2021)
- Scapa Flow Wrecks – History (non daté)
- Wikipedia EN – Ludwig von Reuter (non daté)
- C6BO Plongée – Expédition plongée à Scapa Flow (2026 (départ 14/11/2026))

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