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A retenir : En 1816, la frégate La Méduse s’échoue sur le banc d’Arguin, en Mauritanie. Cent quarante-sept naufragés dérivent treize jours sur un radeau marqué par des actes d’anthropophagie ; quinze survivants sont sauvés. Le rapport officiel provoque la démission d’un ministre et le procès du capitaine.
Le 17 juin 1816, la frégate La Méduse quitte l’île d’Aix, au large de Rochefort, cap sur le Sénégal. La colonie vient d’être restituée par l’Angleterre à la France, et le convoi transporte le nouveau gouverneur, des fonctionnaires, des militaires et des colons : 392 personnes en tout. À la barre, un homme qui n’a pas navigué depuis vingt ans.
Le capitaine Chaumareys, noble émigré, doit son commandement à une faveur politique accordée après la Restauration, non à son expérience de la mer. Deux semaines plus tard, cette faveur va coûter très cher à des dizaines de passagers échoués sur un banc de sable au large de la Mauritanie, puis entassés sur un radeau que personne n’aurait dû abandonner.
Sommaire
Un commandement de complaisance
Rien dans le profil de Chaumareys ne le destinait à commander une frégate chargée de rejoindre une colonie tout juste récupérée. Son retour aux affaires tient à la politique de la Restauration, qui replace des officiers issus de l’émigration à des postes qu’ils n’occupaient plus depuis longtemps. La traversée vers le Sénégal, avec à son bord le gouverneur désigné et son administration, aurait dû être une simple formalité maritime.
L'échouage du banc d'Arguin
Le 2 juillet 1816, La Méduse s’échoue sur le banc d’Arguin, au large des côtes mauritaniennes. Le navire ne coule pas immédiatement, mais l’évacuation tourne court : les canots ne peuvent embarquer tout le monde. La solution retenue est un radeau de fortune, construit à la hâte avec les moyens du bord.
Treize jours à la dérive
Le 5 juillet, au moins cent quarante-sept hommes sont placés sur ce radeau, d’abord remorqué par les canots. Le remorquage est vite abandonné. Dès le 7 juillet, des actes d’anthropophagie surviennent parmi les naufragés, qui découpent les cadavres pour survivre. Blessés et malades sont jetés à l’eau, selon les récits de l’époque, pour économiser le peu de vin qui reste — seule ressource capable de tenir les survivants éveillés.
Le 17 juillet, treize jours après l’échouement, le brick Argus repère enfin le radeau. Quinze hommes sont encore vivants. Cinq d’entre eux meurent peu après le sauvetage, ne laissant que dix témoins directs de ce qui s’est joué sur ces planches assemblées à la hâte.
Le rapport qui fait tomber un ministre
Le chirurgien Savigny, l’un des rescapés, rédige un rapport destiné au ministre de la Marine, le vicomte du Bouchage. Le document pose crûment la question des responsabilités : celle du capitaine, celle de l’abandon du radeau par les canots. Le Journal des débats en publie de larges extraits les 8 et 13 septembre 1816. L’onde de choc est telle que le ministre du Bouchage démissionne.
Le procès Chaumareys
Le capitaine est traduit devant un conseil de guerre. Il en ressort radié de la Marine et emprisonné. L’affaire, portée sur la place publique par la presse, dépasse le cadre d’un simple accident de navigation : elle devient un scandale d’État, révélateur des pratiques de nomination héritées de la Restauration.
Voir le radeau aujourd'hui, à Rochefort
Une réplique grandeur nature du radeau est exposée au Musée national de la Marine de Rochefort, installé dans l’Hôtel de Cheusses — point de départ symbolique, puisque c’est de l’île d’Aix voisine que La Méduse avait appareillé en juin 1816. Le musée est ouvert toute l’année sauf le mardi, et tous les jours en juillet-août. Le billet plein tarif coûte 6€, avec gratuité pour les moins de 26 ans.
Questions frequentes
Combien de personnes étaient à bord de La Méduse au départ ?
392 personnes ont embarqué le 17 juin 1816, dont le nouveau gouverneur du Sénégal, des fonctionnaires, des militaires et des colons.
Combien de survivants ont été recueillis sur le radeau ?
Quinze naufragés étaient encore vivants le 17 juillet 1816 quand le brick Argus a repéré le radeau ; cinq sont morts peu après le sauvetage.
Où voir une trace de ce naufrage aujourd'hui ?
Une réplique grandeur nature du radeau est visible au Musée national de la Marine de Rochefort, dans l’Hôtel de Cheusses, ouvert toute l’année sauf le mardi.
Sources
- Service historique de la Défense – La frégate La Méduse, une affaire rochefortaise
- RetroNews – 1816 : Le naufrage de La Méduse (2018-03-22)
- Mer et Marine – Radeau de La Méduse : la véritable histoire du naufrage il y a 200 ans (2016-07-05)
- Wikipedia (en) – Hugues Duroy de Chaumareys
- Wikipedia (en) – French frigate Méduse (1810)
- Blog AJ17 – Direction Rochefort, à l'abordage des musées (2025-05-20)
- Gallica BnF – Naufrage de la frégate La Méduse (Savigny & Corréard, 1817) (1817)

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