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Norvège : depuis 1957, une loi autorise à camper partout

Temps de lecture estimé : 5 minute(s)

A retenir : Depuis le 1er juillet 1957, la loi norvégienne friluftsloven consacre l’allemannsretten : le droit, gratuit et identique pour Norvégiens et étrangers, de camper sur tout terrain non cultivé, à au moins 150 mètres des habitations, deux nuits maximum sans autorisation en zone basse.

Un randonneur arrive en fin d’après-midi au bord d’un lac, quelque part en Norvège. Le terrain qui s’étend devant lui appartient à quelqu’un, un fermier, un propriétaire forestier, une collectivité locale. Il n’a rencontré personne, n’a signé aucun papier, et pourtant il peut planter sa tente ici pour la nuit, en toute légalité. Ce qui ressemblerait ailleurs à une intrusion est ici un droit, écrit noir sur blanc dans la loi norvégienne depuis près de soixante-dix ans.

Ce droit porte un nom, l’allemannsretten, et une date de naissance précise : la loi sur les activités de plein air, ou friluftsloven, a été adoptée par le Storting le 28 juin 1957 et est entrée en vigueur le 1er juillet de la même année. Depuis, elle encadre un principe simple à énoncer et plus subtil à appliquer : la nature norvégienne appartient à tout le monde, même quand elle appartient à quelqu’un.

Un accès à la nature indépendant du propriétaire

Le cœur de la loi tient en une idée : le droit de séjourner dans la nature ne dépend pas de qui possède le terrain. Un champ, une forêt, une lande peuvent appartenir à un particulier ou à une exploitation agricole, cela ne change rien au droit d’y passer et d’y camper, sous certaines conditions. La loi précise en outre qu’elle ne fait aucune différence entre les citoyens norvégiens et les touristes étrangers : les mêmes règles s’appliquent à tous, sans distinction de nationalité.

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C’est cette universalité qui surprend le plus les visiteurs venus de pays où le camping sauvage reste, par défaut, une infraction. En Norvège, c’est l’inverse : le droit d’accès est la règle, les restrictions sont l’exception, et elles sont précisément délimitées.

Ce que la loi autorise, et ce qu'elle interdit

Le texte distingue deux types de terrains. Sur les terrains cultivés, le §9 de la loi interdit le pique-nique et le camping sans l’autorisation du propriétaire ou de l’exploitant : un champ de céréales ou une prairie de fauche ne se transforment pas en terrain de camping improvisé. En revanche, sur les terrains non cultivés, appelés utmark en norvégien, forêts, landes, montagnes, camper est autorisé par défaut, à condition de ne pas gêner indûment autrui ni risquer d’endommager une jeune forêt.

Deux limites concrètes encadrent ce droit. D’abord la distance : la tente ne doit pas être installée à moins de 150 mètres d’une habitation ou d’un chalet occupé, histoire de préserver la tranquillité de ceux qui vivent là à l’année ou qui y passent leurs vacances. Ensuite la durée : sans l’accord du propriétaire, un campement ne peut rester plus de deux nuits au même endroit en zone basse. Cette limite s’assouplit en montagne et dans les zones reculées, où des séjours plus longs sont tolérés, une précision que confirme également l’organisme Visit Norway, qui rappelle qu’au-delà de deux nuits au même endroit, l’autorisation du propriétaire redevient nécessaire, sauf en haute montagne ou dans les régions les plus isolées.

  • Terrain cultivé : camping interdit sans autorisation (§9)
  • Terrain non cultivé (utmark) : camping autorisé par défaut
  • Distance minimale : 150 mètres d’une habitation occupée
  • Durée sans autorisation : deux nuits maximum en zone basse, plus en montagne ou zones reculées
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Un régime particulier pour l'hiver

La loi tient compte aussi du climat. Entre le 15 octobre et le 29 avril, il est permis de traverser à pied un terrain cultivé, à condition que le sol soit gelé ou recouvert de neige. Cette tolérance hivernale répond à une réalité très norvégienne : une bonne partie de l’année, la terre agricole disparaît sous la neige et perd, de fait, sa vulnérabilité au piétinement. Le droit de passage s’élargit alors mécaniquement, sans que la loi ait besoin de le reformuler chaque hiver.

Un droit gratuit, mais pas gravé dans la Constitution

L’allemannsretten ne coûte rien : c’est un droit gratuit, qui s’applique indépendamment de la nationalité du campeur. Mais ce droit, aussi ancien soit-il, continue d’évoluer. La loi a été modifiée à plusieurs reprises depuis 1957, la dernière modification étant entrée en vigueur le 1er janvier 2025.

Son inscription dans la Constitution norvégienne, elle, a connu un échec récent. En 2024, une proposition visant à créer un nouvel article 111 pour y consacrer l’allemannsretten a été soumise au Storting. Elle a été rejetée le 21 mai 2024, par 87 voix contre 81, un écart de six voix qui montre que le principe, largement accepté dans les faits, n’a pas convaincu une majorité constitutionnelle. La loi ordinaire reste donc, pour l’instant, le seul fondement juridique de ce droit.

Ce qui existe encore aujourd'hui

Rien n’a changé depuis 1957 dans le principe : n’importe qui, Norvégien ou visiteur de passage, peut aujourd’hui planter sa tente sur un terrain non cultivé en Norvège, gratuitement, à condition de respecter les 150 mètres de distance et la limite de deux nuits sans autorisation en zone basse. Dans les montagnes et les zones reculées, où la loi tolère des séjours plus longs, ce droit prend tout son sens : c’est là, loin des habitations, que l’allemannsretten se pratique le plus simplement, sac à dos sur les épaules et tente pliée, sans autre démarche qu’un minimum de bon sens envers les terres traversées.

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Questions frequentes

Camper en Norvège est-il payant ?

Non, l’allemannsretten est un droit gratuit, qui s’applique quelle que soit la nationalité du campeur.

Peut-on camper sur n'importe quel terrain ?

Non. Le §9 de la loi interdit le camping sur terrain cultivé sans l’accord du propriétaire ; sur terrain non cultivé, c’est autorisé par défaut.

Combien de temps peut-on rester au même endroit sans autorisation ?

Deux nuits maximum en zone basse ; des séjours plus longs sont tolérés en montagne ou dans les zones reculées.

Faut-il respecter une distance par rapport aux habitations ?

Oui, la tente ne doit pas être plantée à moins de 150 mètres d’une habitation ou d’un chalet occupé.

Ce droit est-il menacé ?

Une proposition pour l’inscrire dans la Constitution a été rejetée par le Storting le 21 mai 2024, par 87 voix contre 81, mais la loi ordinaire reste en vigueur, dernièrement modifiée au 1er janvier 2025.

Sources

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