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A retenir : Mis à l’eau au Havre le 11 mai 1960 devant de Gaulle, le paquebot France, revendu et rebaptisé Norway en 1979, a fini démembré sur la plage d’Alang en Inde après une bataille juridique de 15 mois close le 11 septembre 2007, malgré 1200 à 1300 tonnes d’amiante à bord.
Le 11 mai 1960, au Havre, un paquebot glisse dans l’eau du bassin devant le général de Gaulle. Rien, ce jour-là, ne dit qu’il faudra attendre près d’un demi-siècle pour voir ce même navire réduit à une cheminée solitaire plantée dans le sable, sur une plage du Gujarat que la plupart des passagers du France n’auraient jamais su situer sur une carte.
Entre les deux images, il y a des ventes, un changement de nom, une explosion mortelle et une bataille juridique de quinze mois devant la Cour suprême indienne. Le fil qui relie Le Havre à Alang tient en une poignée de dates et de chiffres, mais il raconte aussi comment un symbole industriel finit, très concrètement, par se négocier au poids et à la tonne d’amiante.
Sommaire
Le Havre, 11 mai 1960
Tout commence par une mise à l’eau, cérémonie classique pour un chantier naval mais rare par son parrainage : le général de Gaulle est présent ce 11 mai 1960 au Havre. Le paquebot porte le nom du pays qui l’a fait naître. Ce lancement inaugure une carrière qui traversera près de deux décennies sous pavillon français avant de connaître un tout autre destin, à des milliers de kilomètres et sous un autre nom.
De la France au Norway
La carrière française du paquebot s’arrête en deux temps. En 1977, il est d’abord revendu à l’homme d’affaires saoudien Akram Ojjeh. Puis, en 1979, une vente à un armateur norvégien scelle son changement d’identité : rebaptisé Norway, le navire quitte définitivement Le Havre le 18 août 1979. Le paquebot français devient alors un navire de croisière opérant sous d’autres couleurs, loin des quais normands qui l’avaient vu naître.
2003 : l'explosion qui change tout
Le tournant technique survient en 2003. Une explosion de chaudière fait 4 morts et 17 blessés parmi l’équipage. La croisière en cours est annulée, et le navire ne reprendra plus jamais une exploitation commerciale normale. L’incident marque le début de la fin pour un paquebot déjà vieillissant, désormais associé à un accident mortel plutôt qu’à ses années de gloire.
Le dernier voyage, de Bremerhaven à Alang
Le désarmement définitif intervient quelques années plus tard. Le 23 mai 2005, le navire quitte Bremerhaven, en Allemagne, remorqué par cinq remorqueurs. Commence alors un parcours qui va le mener, via l’Asie, vers son lieu de démolition. Le 5 mai 2006, il quitte Port Klang, en Malaisie, remorqué en direction des plages d’Alang, en Inde — non sans un premier refus d’entrée opposé par le Bangladesh, signe des réticences régionales à accueillir ce type de navire en fin de vie.
La bataille juridique de l'amiante
Ce qui rend l’affaire Alang particulièrement disputée tient à un chiffre : le navire est estimé contenir entre 1200 et 1300 tonnes de matériaux contenant de l’amiante, davantage que le porte-avions français Clemenceau, dont le cas avait déjà fait polémique. La NGO Platform on Shipbreaking réclame l’arrêt immédiat de l’export du navire vers les pays en développement tant qu’il n’est pas décontaminé.
Le dossier remonte jusqu’à la Cour suprême indienne. Le 2 août 2006, celle-ci autorise l’échouage du Blue Lady — nom que porte alors l’ex-France, ex-Norway — devant la plage d’Alang, en vue de sa démolition. Mais la contestation juridique se poursuit encore plus d’un an. Ce n’est que le 11 septembre 2007, après quinze mois de bataille juridique, que la Cour suprême indienne donne son feu vert définitif au démantèlement du navire.
Ce qu'il reste aujourd'hui
Le démantèlement s’étend sur plusieurs mois. Début août 2008, il ne reste plus du paquebot que sa cheminée arrière, encore visible sur la plage d’Alang, seul fragment reconnaissable d’un navire autrefois amarré au Havre.
Le reste de l’histoire se joue aux enchères. En 2017, la pointe d’étrave récupérée lors du démantèlement à Alang est adjugée 150 000 euros, avec un projet de retour au Havre — la ville même où le paquebot avait été mis à l’eau cinquante-sept ans plus tôt.
Questions frequentes
Que reste-t-il visible du paquebot France aujourd'hui ?
Sur la plage d’Alang, en Inde, début août 2008 il ne restait plus que la cheminée arrière du navire. Un autre fragment, la pointe d’étrave, a été adjugé aux enchères 150 000 euros en 2017, avec un projet de retour au Havre.
Pourquoi la démolition du navire a-t-elle été aussi longue à autoriser ?
Le navire contenait entre 1200 et 1300 tonnes de matériaux à base d’amiante, plus que le porte-avions Clemenceau. Une ONG a réclamé l’arrêt de son export tant qu’il n’était pas décontaminé, et il a fallu quinze mois de procédure devant la Cour suprême indienne, jusqu’au 11 septembre 2007, pour obtenir le feu vert définitif.
Le paquebot France et le Norway sont-ils le même navire ?
Oui. Le paquebot France a été rebaptisé Norway après sa vente à un armateur norvégien en 1979, après une première revente en 1977 à l’homme d’affaires saoudien Akram Ojjeh.
Sources
- Wikipédia FR – France (paquebot) (2026)
- Mer et Marine (19 mai 2017)
- Yacht-Zone – Histoire du paquebot France (9 juillet 2026)
- Forum Réseaux Normands (19 août 2019)
- FIDH – Toxic cruise ship SS Norway denied (2006)
- NGO Shipbreaking Platform – SS Norway death and disease report (2006)
- CaptainsVoyage.com – SS Norway Final Chapter (non daté)

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