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A retenir : Le 25 août 1939, le Louvre ferme officiellement trois jours pour travaux : en réalité, ses employés préparent l’évacuation secrète de 5 446 caisses, dont la Joconde, vers onze châteaux et abbayes. Chambord, première escale du convoi, devient la gare de triage d’un patrimoine mis à l’abri jusqu’à la fin de la guerre.
Fin août 1939, la guerre n’est pas encore déclarée mais tout le monde à Paris sait qu’elle vient. Au Louvre, une décision se prépare en coulisses : fermer le musée. Officiellement, ce sont des travaux. En réalité, Jacques Jaujard, alors responsable du musée, organise l’évacuation la plus discrète de son histoire.
Le convoi part vers la France de l’intérieur, dans la vallée de la Loire, là où des dizaines de châteaux et d’abbayes vont servir de refuges improvisés aux collections nationales. Chambord, imposant et central, devient la première étape de ce périple. C’est là, dans les salles du château, que l’histoire s’expose aujourd’hui encore, quatre-vingt-sept ans plus tard.
Sommaire
Trois jours de fermeture pour une évacuation clandestine
Le 25 août 1939, Jaujard ferme le Louvre. Le motif communiqué au public : des travaux. Pendant trois jours et trois nuits, des centaines d’employés s’activent dans les galeries, décrochent les tableaux, démontent ce qui peut l’être, et placent chaque œuvre dans des caisses de bois blanc fabriquées pour l’occasion. Il n’y a pas de temps pour l’improvisation : la guerre approche et personne ne sait combien de jours il reste avant qu’elle n’éclate.
Cinquante et un convois vers onze abris
Les premiers camions quittent Paris le 28 août 1939. D’autres suivront jusqu’en décembre, au fil des semaines. Au total, 5 446 caisses, représentant plus de 6 000 m3 d’œuvres, prennent la route de la province. Cinquante et un convois se forment, mêlant les collections nationales, celles des musées parisiens et des œuvres appartenant à des particuliers. Leur destination : onze châteaux et abbayes disséminés à travers le pays.
La Joconde en convoi avec la Vénus de Milo
Fin août 1939, la Joconde quitte le Louvre. Elle voyage avec une cinquantaine d’autres tableaux exceptionnels vers Chambord. Le même convoi transporte l’Angélus de Millet, la Dentellière de Vermeer, la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace. Rarement un même camion aura réuni un tel concentré du patrimoine artistique français.
Chambord, gare de triage avant Montauban et Montal
Chambord ne va pas garder toutes ces œuvres. Le château fonctionne comme une véritable gare de triage : il recueille l’essentiel du flux avant que chaque caisse ne reparte vers un autre dépôt, selon les besoins et les risques du moment. La Joconde, elle, poursuit son chemin. Elle séjourne ensuite au musée Ingres de Montauban, du 3 octobre 1940 à mars 1943, avant de rejoindre le château de Montal, dans le Lot, où elle reste jusqu’à la fin de la guerre.
Une perte malgré tout : treize caisses saisies en 1941
Le dispositif tient globalement bon, mais pas totalement. En juillet 1941, treize caisses appartenant à des collectionneurs juifs sont saisies par les nazis, malgré les protestations de Jaujard. C’est la seule perte notable de toute la période. L’épisode est raconté par Rose Valland, qui publie en 1961 chez Plon son témoignage, Le Front de l’art, Défense des collections françaises, 1939-1945, référence encore citée aujourd’hui pour comprendre ce que fut cette guerre du patrimoine.
Visiter Chambord aujourd'hui : quatre salles dédiées à 1939-1945
Depuis 2021, le château de Chambord consacre quatre salles permanentes, installées sur ses terrasses, à cet épisode de 1939-1945. L’accent y est mis sur le passage de la Joconde et sur celui du Radeau de la Méduse, deux des pièces les plus emblématiques de ce sauvetage collectif. En 2026, le billet plein tarif pour visiter le château s’élève à 31 euros, avec un tarif préférentiel de 21 euros pour les résidents de l’Espace économique européen.
Questions frequentes
Pourquoi le Louvre a-t-il fermé en août 1939 ?
Officiellement pour des travaux, mais en réalité pour organiser en secret l’évacuation des œuvres avant l’entrée en guerre.
Combien de temps la Joconde est-elle restée à Chambord ?
La durée exacte n’est pas précisée ; le tableau a ensuite séjourné au musée Ingres de Montauban d’octobre 1940 à mars 1943, puis au château de Montal.
Peut-on voir cette histoire à Chambord aujourd'hui ?
Oui, depuis 2021 quatre salles permanentes sur les terrasses du château racontent cet épisode, avec un focus sur la Joconde et Le Radeau de la Méduse.
Sources
- Château de Chambord, site officiel – Chambord 1939-1945 (2024)
- Wikipedia – Jacques Jaujard (2018)
- Sciencepost (2026)
- Cairn.info – Rose Valland, l'espionne dans le brouillard (2025)
- Persée – Compte-rendu Le Front de l'art (Annales ESC) (1961)
- France Info – Exposition Chambord refuge des chefs-d'œuvre (2021)
- Château de Chambord – Horaires et tarifs (2026)

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