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Sahara : 62 km de rails posés, jamais un train n’est passé

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A retenir : Lancé en 1875 par l’ingénieur Duponchel, le projet de chemin de fer transsaharien n’a jamais abouti : sur 2000 km prévus à travers le Sahara, seuls 62 km de rails furent posés, entre Béchar et Abadla, où ils subsistent aujourd’hui, ensablés, n’ayant jamais vu passer un train.

Entre Béchar et Abadla, dans le sud-ouest algérien, à la frontière avec le Maroc, des rails rouillés affleurent par endroits sous le sable. Posés en 1943, ils n’ont jamais vu passer le moindre train. Ils sont ce qui reste d’un projet qui a occupé l’administration française pendant près d’un siècle : relier l’Afrique du Nord au Niger par une voie ferrée traversant le Sahara.

Le bilan, à l’arrivée, tient en deux chiffres. Entre 1939 et 1948, 365 km de voie ont bien été construits, mais entre Bouarfa, au Maroc, et Abadla, en Algérie, sans jamais entrer dans le grand désert. Sur les 2000 km prévus à travers le Sahara proprement dit, 62 km seulement de rails ont été effectivement posés. Le Transsaharien n’a jamais traversé le Sahara.

Un ingénieur et un vote de crédits, 1875-1879

L’idée n’est pas née sous Vichy. C’est l’ingénieur Adolphe Duponchel qui présente, entre 1875 et 1878, le premier projet structuré de voie ferrée reliant l’Algérie au Soudan français. Le 25 décembre 1879, la Chambre des députés vote les crédits nécessaires pour envoyer des missions chargées de reconnaître un tracé à travers le désert. L’administration française croit alors au rail comme vecteur de la pénétration saharienne.

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Le massacre qui arrête tout

La reconnaissance du tracé est confiée au lieutenant-colonel Paul Flatters. Une première tentative échoue en 1880. Flatters repart l’année suivante et périt le 16 février 1881, tombé avec dix autres Français dans une embuscade tendue par des Touareg près de Bir-el-Gharama, à Hassi Tadjenout. Le massacre de Flatters stoppe durablement le projet : pendant près de cinquante ans, aucune tentative sérieuse ne reprend le dossier.

Un office, une crise, un nom de code sous Vichy

Il faut attendre 1928 pour qu’une loi crée un « Office du Transsaharien », qui adopte cette fois un tracé définitif. La crise économique des années 1930 ajourne cependant le projet. La presse coloniale de l’avant-guerre chiffre alors le coût de la ligne à 600 000 francs par kilomètre, un montant qui pousse les autorités à privilégier la route plutôt que le rail.

C’est le régime de Vichy qui relance le dossier, fin 1940, sous un nom de code : Méditerranée-Niger, ou Merniger. L’ambition est considérable : 3000 km de voie reliant la Méditerranée au Niger.

Des internés pour creuser le rail

Le chantier emploie des internés issus des camps : environ 2000 travailleurs espagnols des Groupements de travailleurs étrangers, ainsi que des Juifs, majoritairement affectés au chantier du Transsaharien. Une note interministérielle de l’époque décrit le chantier comme une « occasion unique d’éliminer de France une main-d’œuvre en excédent de besoins » — formule qui résume crûment la logique du recours à cette main-d’œuvre internée.

365 kilomètres, puis plus rien

Malgré ces moyens, le résultat reste très en deçà de l’ambition initiale. Entre 1939 et 1948, 365 km de voie sont construits entre Bouarfa, au Maroc, et Abadla, en Algérie, sans jamais franchir le Sahara proprement dit. Des 2000 km prévus à travers le désert, seuls 62 km de rails sont effectivement posés.

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En 1949, une mission du ministère des Transports publics clôt définitivement le dossier. Son verdict est sans appel : le projet est qualifié de « non-sens ». La ligne Béchar-Oujda, construite à grand peine, sera démolie.

Ce qui subsiste aujourd'hui

Entre Béchar et Abadla, 40 à 70 km de rails posés en 1943 subsistent aujourd’hui dans le sable. Aucune locomotive, aucun wagon n’y est jamais passé. Ces voies, posées pour relier un jour la Méditerranée au Niger, n’ont finalement servi à rien d’autre qu’à marquer, dans le paysage du Sahara algérien, l’échec d’un siècle d’entêtement ferroviaire français.

Questions frequentes

Où se trouvent les vestiges du chemin de fer transsaharien ?

Entre les localités de Béchar et Abadla, dans le sud-ouest algérien près de la frontière marocaine, où 40 à 70 km de rails posés en 1943 subsistent dans le sable.

Pourquoi le projet a-t-il échoué ?

Après le massacre de la mission Flatters en 1881, la crise des années 1930, le coût estimé à 600 000 francs par kilomètre et des résultats très inférieurs aux ambitions, une mission ministérielle a jugé le projet « non-sens » en 1949.

Qui a construit la ligne sous Vichy ?

Le chantier, nommé Méditerranée-Niger (Merniger), a employé des internés des camps, dont environ 2000 travailleurs espagnols des GTE et des Juifs.

Sources

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