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A retenir : Le 15 février 1855, la frégate La Sémillante se brise sur les Lavezzi, au large de Bonifacio, tuant ses 773 hommes. Seuls deux corps furent identifiés. Daudet en tira une nouvelle célèbre ; les îles, aujourd’hui réserve naturelle protégée, se visitent en navette depuis Bonifacio.
Au sud de la Corse, à la pointe de Bonifacio, un chapelet d’îlots de granit rose barre les bouches qui séparent la France de la Sardaigne. On y accède aujourd’hui en une vingtaine de minutes de navette depuis le port de Bonifacio. C’est là, sur la Roche du Briquet, à l’extrémité sud-ouest des îles Lavezzi, qu’une frégate de la marine impériale s’est disloquée un midi de février 1855, emportant avec elle près de huit cents hommes.
La Sémillante avait quitté Toulon le 14 février 1855 sous le commandement du capitaine Jugan, chargée de 400 tonnes de matériel à destination de la Crimée, où la France menait alors campagne. Une tempête violente l’a déroutée vers les bouches de Bonifacio, une zone que les marins de l’époque savaient infestée de rochers affleurants. Le lendemain, vers midi, le navire s’y brise. Personne à bord ne survit.
Sommaire
Un naufrage sans témoins
Ce qui frappe dans les rapports d’époque, c’est l’absence totale de récit direct. Aucun survivant, aucun témoin extérieur au moment du choc : tout ce qu’on sait vient des corps rejetés par la mer dans les jours suivants. Le 13 mars 1855, un rapport du lieutenant de vaisseau Bourbeau détaille l’identification du corps du capitaine Jugan, retrouvé intact parmi deux cent cinquante cadavres ensevelis sur l’île. Ce niveau de précision macabre contraste avec le flou qui entoure le reste du bilan : cent treize corps ne seront jamais retrouvés, engloutis par les courants des bouches de Bonifacio.
Sur l’ensemble des hommes présents à bord, seuls deux purent être formellement identifiés : le capitaine Jugan et un aumônier. Pour tous les autres, les Lavezzi devinrent une tombe anonyme. Deux cimetières, l’un à l’est de l’île, l’autre à l’ouest, furent ouverts pour donner sépulture aux corps recueillis sur le rivage — une organisation qui en dit long sur l’ampleur du naufrage et l’impossibilité, dès le départ, de rendre un nom à chaque victime.
La mémoire de granit
En 1856, un an après le drame, une pyramide commémorative en granit de dix mètres de haut fut érigée sur le site même du naufrage. Elle demeure aujourd’hui l’un des rares repères tangibles de cette journée de février 1855, plantée face à la mer qui a englouti l’équipage.
La postérité littéraire du naufrage doit beaucoup à Alphonse Daudet, qui publie « L’Agonie de la Sémillante » dans le journal L’Événement le 7 octobre 1866, avant de l’intégrer aux Lettres de mon moulin en 1869. Le texte fixe durablement dans l’imaginaire français ce nom de frégate et ce rocher perdu au large de la Corse, bien après que les circonstances exactes du naufrage se soient estompées dans les archives.
Les Lavezzi aujourd'hui : réserve et quotas
Les îles Lavezzi appartiennent désormais à la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, la plus vaste réserve naturelle de France métropolitaine avec ses 80 000 hectares. Ce statut protège un archipel resté largement sauvage, sans construction, où le granit rose et l’eau claire attirent une fréquentation croissante depuis Bonifacio et Porto-Vecchio.
Cette popularité a conduit, depuis 2022, à limiter à 2 000 le nombre de visiteurs pouvant se trouver simultanément sur la partie terrestre de Lavezzi, avec une priorité donnée aux résidents corses. La traversée se fait en navette au départ de Bonifacio, opérée par la SPMB, pour un tarif adulte de 37 euros l’aller-retour. Les billets ne se réservent pas à l’avance : mieux vaut arriver tôt au port en haute saison.
- Départ : navette SPMB depuis le port de Bonifacio
- Tarif adulte aller-retour : 37 euros, billets non réservables
- Quota depuis 2022 : 2 000 visiteurs simultanés sur la partie terrestre, priorité aux résidents corses
- Statut : réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, 80 000 hectares
Questions frequentes
Où se trouvent les îles Lavezzi ?
Elles se situent au large de Bonifacio, en Corse-du-Sud, dans les bouches de Bonifacio qui séparent la Corse de la Sardaigne.
Combien de personnes sont mortes dans le naufrage de la Sémillante ?
Le bilan retenu ici est de 773 morts sur la frégate, dont 113 corps jamais retrouvés ; seuls deux hommes purent être identifiés.
Peut-on encore voir des traces du naufrage aujourd'hui ?
Oui : une pyramide commémorative en granit de dix mètres, érigée en 1856 sur le site du naufrage, ainsi que deux cimetières marins sur l’île.
Comment se rendre aux Lavezzi depuis la Corse ?
Une navette de la compagnie SPMB relie Bonifacio aux Lavezzi, pour 37 euros l’aller-retour adulte, sans réservation possible à l’avance.
Sources
- Mémorial national des marins morts pour la France
- Musée national de la Marine, Port-Louis
- Marine & Océans, Chronique navale du 15 février (18 février 2025)
- Plongée Infos (6 mars 2019)
- Wikipédia – L'Agonie de la Sémillante (17 avril 2026)
- Camping Castors – Îles Lavezzi navettes (15 octobre 2019)
- L'Écho touristique – Quotas Lavezzi (18 juillet 2023)

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