Le 15 février 1855, vers midi, la frégate La Sémillante se brise sur les écueils des îles Lavezzi, au sud de Bonifacio, en Corse-du-Sud : aucun des 685 à 773 hommes à bord ne survit, selon les sources. Elle était partie de Toulon la veille pour la guerre de Crimée. Ses victimes reposent dans deux cimetières de l’île Lavezzu, aujourd’hui dans la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio.
Que s’est-il passé le 15 février 1855 aux Lavezzi ?
Le 15 février 1855, vers midi, La Sémillante, frégate de la marine impériale en route vers la Crimée, est poussée par une tempête dans les bouches de Bonifacio et se fracasse sur la roche du Briquet, au pied de l’îlot d’Acciarino, dans l’archipel des Lavezzi. Le navire se disloque. Personne à bord ne survit et aucun témoin n’assiste au choc.
La frégate avait quitté Toulon le 14 février 1855 à 11 heures, sous les ordres du capitaine Jugan. Elle devait faire escale à Constantinople avant de rejoindre la mer Noire, où la France combattait la Russie aux côtés des Britanniques, des Ottomans et des Piémontais. Selon Plongée Infos, sa cargaison d’environ 400 tonnes comprenait des canons, des mortiers, des obus, 120 barils de poudre et des baraquements démontés.
Le vent violent l’a déroutée au large de la Sardaigne vers les bouches, un détroit de 11 km entre la Corse et la Sardaigne semé de rochers affleurants. Dans la tempête, l’équipage n’a pu ni s’abriter ni éviter les écueils de l’archipel.
Combien de morts a fait le naufrage de La Sémillante ?
Le naufrage de La Sémillante n’a laissé aucun survivant, mais son bilan exact varie selon les sources : le Mémorial national des marins retient 685 soldats et marins, Plongée Infos évoque un équipage de 293 hommes et 400 soldats, soit près de 700 personnes, et le Musée national de la Marine mentionne 773 hommes à bord.
| Source | Personnes à bord | Corps recueillis | Identifiés |
|---|---|---|---|
| Mémorial national des marins | 685 soldats et marins | 532 | 2 |
| Plongée Infos | Environ 700 (293 marins, 400 soldats) | Environ 560 inhumés | 2 |
| Musée national de la Marine | 773 | 660 (113 jamais retrouvés) | 2 |
Ces écarts tiennent à l’état des listes d’embarquement : selon la fiche du Mémorial national des marins morts pour la France, l’effectif normal de la frégate était de 522 hommes, mais il avait été réduit à environ 300 marins à son arrivée à Toulon, avant l’embarquement des troupes. Dans tous les cas, environ un tiers des victimes n’a jamais été retrouvé.
Comment les victimes ont-elles été retrouvées et inhumées ?
Les corps des victimes ont été rejetés sur les rivages des Lavezzi à partir du 18 février 1855 et enterrés sur place : environ 250 étaient inhumés dès le 20 février. Presque tous étaient méconnaissables. Seuls deux hommes ont été formellement identifiés : le capitaine Jugan et un aumônier.
Le 13 mars 1855, un rapport du lieutenant de vaisseau Bourbeau rend compte de l’identification du corps du commandant. Deux cimetières, l’un à l’est et l’autre à l’ouest de l’île Lavezzu, accueillent les dépouilles. En 1856, ils sont entourés de murs maçonnés et une chapelle funéraire est construite au lieu-dit Furcone. Ces tombes anonymes, face à la mer, se visitent toujours.
Quels vestiges du naufrage voir aujourd’hui ?
Sur l’île Lavezzu, au sud de Bonifacio, on peut voir la pyramide commémorative en granit d’environ 10 m de haut, élevée en 1856 sur un socle cubique près du lieu du naufrage, ainsi que les deux cimetières marins ceints de murs. Les plaques de marbre noir de la pyramide ont été remplacées par des plaques de bronze en 1877.
D’autres traces sont conservées sur le continent. Le Musée national de la Marine, Port-Louis, dans le Morbihan, expose un fragment de bois sculpté de la frégate, d’environ 93 cm de long, sur lequel on lit encore une partie de son nom. Les débris du navire, eux, restent dispersés au pied de l’îlot d’Acciarino.
Chaque année, la date du 15 février est rappelée par la presse maritime, comme dans la Marine & Océans, Chronique navale du 15 février.
Pourquoi Alphonse Daudet a-t-il rendu ce naufrage célèbre ?
Alphonse Daudet a fait connaître le naufrage avec « L’Agonie de la Sémillante », une nouvelle publiée en 1866 dans le journal L’Événement puis reprise en 1869 dans le recueil Lettres de mon moulin. Le récit, nourri par une visite aux Lavezzi, imagine les dernières heures de la frégate et les cimetières de l’île.
Grâce aux Lettres de mon moulin, longtemps étudiées à l’école, le nom de la frégate est resté familier à des générations de lecteurs, bien au-delà de la Corse. La genèse et la réception du texte sont résumées par Wikipédia - L'Agonie de la Sémillante. Le naufrage s’inscrit dans la longue liste des drames maritimes français, aux côtés du radeau de la Méduse ou du Lancastria, coulé au large de Saint-Nazaire.
Comment visiter les îles Lavezzi aujourd’hui ?
Les îles Lavezzi, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Bonifacio, se visitent en bateau depuis le port de Bonifacio, avec plusieurs compagnies de navettes en saison, ou depuis Porto-Vecchio. L’archipel fait partie de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, créée en 1999, la plus vaste réserve naturelle de France métropolitaine avec près de 80 000 hectares.
Face à la surfréquentation, l’Assemblée de Corse a adopté en 2022 un plan prévoyant des quotas, rapporté par L'Écho touristique - Quotas Lavezzi : au plus 2 000 personnes présentes en même temps sur la partie terrestre, priorité de réservation aux résidents corses et fermeture estivale de certaines zones. Depuis l’été 2023, le nord maritime de l’île Lavezzu et les îlots Ratinu, Sperduti et Purragia sont classés en zone de quiétude. Les modalités changeant selon les saisons, vérifiez les règles en vigueur en 2026 au moment de réserver.
- Embarquez tôt le matin en juillet et août pour éviter les pics de fréquentation.
- Prévoyez eau, chapeau et chaussures fermées : l’île offre peu d’ombre et aucun commerce.
- Suivez les sentiers balisés pour rejoindre les cimetières et la pyramide.
- Les horaires et départs des navettes sont résumés par Camping Castors - Îles Lavezzi navettes ; confirmez-les auprès des compagnies du port.
Pour d’autres lieux de mémoire à visiter, consultez notre guide de la France.
Questions fréquentes
Où a eu lieu le naufrage de La Sémillante ?
La frégate s’est brisée le 15 février 1855 sur la roche du Briquet, près de l’îlot d’Acciarino, à l’extrémité sud-ouest de l’archipel des Lavezzi. L’archipel se trouve dans les bouches de Bonifacio, au sud de la Corse.
Combien de personnes sont mortes sur La Sémillante ?
Aucun des hommes à bord n’a survécu. Le bilan varie selon les sources : 685 pour le Mémorial national des marins, environ 700 pour d’autres historiens et 773 pour le Musée national de la Marine.
Que voir aux Lavezzi en lien avec le naufrage ?
Sur l’île Lavezzu, on visite la pyramide commémorative en granit érigée en 1856 et les deux cimetières marins où reposent les victimes. Les débris de l’épave restent dispersés au pied de l’îlot d’Acciarino.
Quel texte de Daudet raconte le naufrage ?
« L’Agonie de la Sémillante », nouvelle d’Alphonse Daudet parue en 1866 dans L’Événement et reprise en 1869 dans les Lettres de mon moulin, imagine les derniers instants de la frégate.
Comment aller aux îles Lavezzi ?
Des navettes partent du port de Bonifacio en saison, et quelques excursions depuis Porto-Vecchio. La réserve naturelle limite la fréquentation de la partie terrestre : renseignez-vous sur les règles de l’année avant d’embarquer.
Sources et vérifications
Informations vérifiées en octobre 2026.
- Mémorial national des marins morts pour la France – Sémillante
- Musée national de la Marine – Fragment de la Sémillante
- Plongée Infos – 15 février 1855, la Sémillante aux Lavezzi
- Corse Net Infos – Fermeture du nord de Lavezzi et des îlots (avril 2023)
- L’Écho touristique – Quotas aux îles Lavezzi (juin 2022)




