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A retenir : À Camaret-sur-Mer, dix épaves de langoustiers et thoniers reposent volontairement échouées sur le sillon de galets depuis les années 1960. L’Inventaire général juge leur restauration impossible et recommande de les laisser disparaître naturellement, malgré les habitants qui y voient une décharge sauvage.
Le sillon de galets de Camaret-sur-Mer, commune du Finistère en Bretagne, n’a rien d’une plage ordinaire. Sur cette langue de cailloux qui referme le port, dix carcasses de bois se dressent, penchées, éventrées, à moitié dévorées par le sel et les marées. Ce ne sont pas des naufrages : chaque coque a été échouée là volontairement, certaines depuis les années 1960, et personne n’a jamais eu l’intention de les faire repartir.
L’Inventaire général du patrimoine recense précisément dix épaves sur ce site, emblématiques d’une activité aujourd’hui disparue : la pêche à la langouste au large de la Mauritanie, qui a fait la richesse et la réputation de Camaret pendant des décennies. Reste à savoir ce que la commune doit faire de ces bateaux qui refusent de couler tout à fait, et qu’elle n’a jamais su comment traiter.
Sommaire
Un chantier naval né en 1892
Tout commence en 1892, quand François-Joseph Keraudren installe le premier chantier naval de la grève, sous une concession de Domaine Public Maritime. L’affaire se transmet en famille : son fils Joseph Keraudren reprend l’exploitation en 1935 et la dirige jusqu’en 1969. C’est sous sa gestion que le site change de nature. Dès les années 1950, la crise de la pêche à la langouste frappe durement la flotte camarétoise, et les Keraudren commencent à déposer sur leur concession les bateaux désaffectés que plus personne ne peut entretenir ni vendre.
Le geste, à l’origine purement pratique, se répète au fil des décennies. Le nombre d’épaves a varié dans le temps, atteignant jusqu’à dix navires simultanément, certaines coques ayant été retirées entre-temps en raison de leur état de dégradation trop avancé.
Des coques percées pour ne jamais repartir
Détail qui surprend souvent les promeneurs : les épaves ne se sont pas échouées par accident ni par abandon pur. Leurs coques ont été volontairement percées, précisément pour éviter qu’elles ne se remettent à flotter à marée haute et n’aillent dériver dans le port ou au large. C’est cette opération qui les cloue définitivement au sillon.
À proximité, un vivier subsiste, dernier vestige des installations qui servaient jadis à conserver les langoustes vivantes avant leur expédition. Ce vivier et les dix coques forment ensemble un ensemble cohérent, témoin d’une chaîne complète de la pêche à la langouste, de la capture au commerce, aujourd’hui figée sur la grève.
Le Rosier Fleuri, doyen du sillon
Parmi les dix épaves, une se distingue par son ancienneté : le Rosier Fleuri. Ce langoustier, construit entre 1948 et 1949, est échoué sur le sillon depuis 1961-1962. C’est la plus ancienne des épaves recensées sur le site, celle qui a vu passer le plus de marées, d’hivers et de tempêtes sans jamais bouger.
Faut-il sauver ce qui va disparaître ?
C’est la question que pose, en creux, le rapport de l’Inventaire général : ces épaves sont jugées impossibles à entretenir. Elles se dégradent rapidement, exposées sans protection au vent et au sel, et le rapport patrimonial officiel recommande explicitement de les laisser disparaître naturellement plutôt que d’engager une restauration.
La position ne fait pas consensus dans la commune. Certains habitants assimilent ce cimetière de bateaux à une simple décharge sauvage installée sur une plage publique, ce qui impose une concertation permanente entre la population et les services municipaux quant à l’avenir du site. La base officielle POP situe d’ailleurs ces épaves aux abords d’un monument historique, à proximité immédiate de la Tour Vauban et de la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour, deux repères qui attirent chaque année les visiteurs vers ce bout de grève sans que la commune ait tranché sur le statut à donner à ses coques mourantes.
Questions frequentes
Combien d'épaves reste-t-il sur le sillon de Camaret-sur-Mer ?
L’Inventaire général en recense dix, mais leur nombre a varié dans le temps, certaines ayant été retirées en raison de leur dégradation.
Quelle est la plus ancienne épave du site ?
Le Rosier Fleuri, un langoustier construit en 1948-1949, échoué sur le sillon depuis 1961-1962.
Pourquoi les coques des bateaux ont-elles été percées ?
Pour empêcher qu’elles ne se remettent à flotter à marée haute et ne dérivent hors de la concession.
La commune envisage-t-elle de restaurer ces bateaux ?
Le rapport patrimonial officiel recommande au contraire de laisser les épaves se dégrader et disparaître naturellement.
Sources
- Inventaire général du patrimoine culturel – Cimetière de bateaux, le Sillon (Camaret-sur-Mer) (enquête 2006, mise à jour 2023)
- Base POP (Ministère de la Culture) – notice Mérimée IA29004010 (non daté)
- Blog Le Sillon à Camaret, nouvelles images du cimetière de bateaux (4 décembre 2020)
- Blog Le cimetière de bateaux sur le Sillon de Camaret (12 septembre 2019)

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