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Briey : 339 logements de Le Corbusier sauvés en 1984

Temps de lecture estimé : 4 minute(s)

A retenir : Construite en 1961 par Le Corbusier et Wogenscky pour loger les mineurs, l’Unité d’habitation de Briey (339 logements) a été vidée et murée en 1984 avant d’être sauvée par le maire Guy Vattier et une association qui y organise aujourd’hui des visites.

En Meurthe-et-Moselle, dans le bassin minier qui a fait vivre toute une région autour de l’extraction du fer, un long bâtiment en béton se dresse encore entre les arbres. Il ressemble, trait pour trait, à la Cité radieuse de Marseille que tout le monde connaît. C’est normal : les deux immeubles sortent des mêmes plans, signés Le Corbusier et André Wogenscky. Mais celui de Briey a une histoire que celui de Marseille n’a jamais vécue — celle d’un bâtiment vidé de ses habitants, muré, et promis à la démolition.

Le chantier démarre en 1959 et s’achève en 1961. Il ne s’agit pas d’un geste architectural gratuit : l’immeuble doit loger les besoins immobiliers liés au développement de l’industrie minière de fer à Briey-le-Vieux. Avec 339 appartements répartis en 11 variantes, la cité compte même deux logements de plus que sa jumelle marseillaise. Vingt ans plus tard, elle sera pourtant déclarée obsolète — et sauvée de justesse.

Un immeuble pensé pour les mineurs

L’Unité d’habitation de Briey n’est pas née d’une commande culturelle ou touristique. En 1959, quand le chantier démarre, la région vit encore au rythme des mines de fer, et il faut loger les familles qui y travaillent. Le Corbusier et André Wogenscky appliquent à Briey les principes déjà testés à Marseille : pilotis, rue intérieure, logements en duplex, toit-terrasse. Le bâtiment sort de terre en deux ans, livré en 1961, avec ses 339 appartements déclinés en 11 configurations différentes — un chiffre qui dépasse celui de Marseille, où l’on compte 337 logements.

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1981-1984 : la désaffection puis le vide

L’histoire bascule au début des années 1980. En 1981, l’OPHLM de Meurthe-et-Moselle, propriétaire du bâtiment, décide sa désaffection. Trois ans plus tard, en juillet 1984, l’unité est vidée de tous ses habitants. Les fenêtres sont murées, et une démolition est programmée. Pour un immeuble construit vingt ans plus tôt par l’un des architectes les plus discutés — et aujourd’hui les plus étudiés — du XXe siècle, l’affaire semble entendue : on va le raser.

Le sursaut d'un maire et d'un comité

C’est l’élection d’un nouveau maire, Guy Vattier, en 1984, qui change la trajectoire du bâtiment. Il s’oppose au projet de démolition et initie un comité de défense pour empêcher que l’immeuble ne disparaisse. Le combat ne se joue pas sur un coup d’éclat : il faut trouver, année après année, de nouveaux usages à un bâtiment que personne n’habite plus. Entre 1987 et 1988, l’hôpital voisin rachète une partie de l’immeuble pour y installer une école d’infirmières. En 1989, l’association culturelle La Première Rue s’installe dans d’anciens appartements pour y organiser visites et expositions. Deux ans plus tard, en 1991, les appartements restants sont vendus à des propriétaires privés : le bâtiment devient une copropriété, statut qu’il conserve depuis.

Protégée, mais pas classée Unesco

La reconnaissance patrimoniale suit, par étapes. Des parties de l’édifice sont inscrites aux Monuments historiques le 26 novembre 1993, puis la chaufferie suit le même chemin le 16 juillet 2007. Mais en 2016, quand sept sites de l’œuvre de Le Corbusier à travers le monde entrent au patrimoine mondial de l’Unesco — dont la Cité radieuse de Marseille — celle de Briey reste à l’écart. Trop retouchée au fil des usages successifs et des rachats, elle ne répond pas aux critères d’authenticité retenus par l’organisation. L’immeuble qui a failli être rasé en 1984 devient ainsi, trente ans plus tard, celui qu’on juge « trop vivant » pour le label mondial — une façon paradoxale d’avoir survécu.

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Ce qu'on peut voir aujourd'hui

L’association La Première Rue, installée depuis 1989 dans d’anciens appartements, continue de faire vivre le lieu à travers des visites guidées sur réservation, d’une durée de 1h30 à 2h. Le tarif est de 5 € en individuel, 2 € par élève pour les groupes scolaires, et 3 € par personne pour les groupes touristiques de plus de dix personnes. C’est aujourd’hui la seule façon d’entrer dans ce bâtiment devenu copropriété privée, et de mesurer, depuis l’intérieur, la rue traversante imaginée par Le Corbusier pour une cité qui aurait pu ne plus exister.

Questions frequentes

Pourquoi la Cité radieuse de Briey n'est-elle pas classée à l'Unesco comme celle de Marseille ?

En 2016, elle a été jugée trop retouchée au regard des critères d’authenticité retenus par l’Unesco, contrairement à la Cité radieuse de Marseille.

Comment visiter la Cité radieuse de Briey ?

L’association La Première Rue propose des visites guidées sur réservation, de 1h30 à 2h, à partir de 5 € en individuel.

Combien de logements compte l'Unité d'habitation de Briey ?

339 appartements répartis en 11 variantes, soit deux de plus que la Cité radieuse de Marseille.

Sources

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